01
La règle : report d'abord, réclamation à défaut
Le Conseil d'État l'a posée dans l'arrêt CE, 28 décembre 2016, n° 385232, Société Icade Promotion Logement (mentionné aux tables du recueil Lebon) : le contribuable qui, au cours d'une période où il a été tantôt créditeur, tantôt débiteur, « a déclaré plus de taxe à acquitter qu'il n'aurait dû » doit reporter sur les déclarations suivantes le crédit résultant de cette correction, puis demander le remboursement de l'excédent.
La cour administrative d'appel avait jugé irrecevable la demande de restitution, faute de demande de remboursement présentée dans les formes. Le Conseil d'État a censuré ce motif : la réclamation de l'article L. 190 du LPF reste ouverte pour les mois débiteurs.
02
La précision de 2026 : un report sur toute la période
Dans l'affaire CE, 22 juillet 2026, n° 504330, Société Caisse d'Epargne Normandie (mentionné aux tables), l'administration avait découpé la période réclamée, de 2013 à 2015, en sous-périodes s'achevant chacune par un mois débiteur, imputé les excédents de crédit de chaque sous-période sur la seule taxe acquittée au titre de ce dernier mois, et laissé de côté le reliquat.
Le Conseil d'État juge que les reliquats non imputés devaient être reportés sur les sous-périodes suivantes, pour s'imputer sur la taxe acquittée au titre des mois débiteurs ultérieurs. L'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 14 mars 2025 (n° 24PA02655) est annulé et l'affaire lui est renvoyée.
03
Un exemple chiffré (hypothèse d'école)
Mois 1, créditeur : la correction de la TVA collectée à tort accroît le crédit de 100 000 €. Mois 2, débiteur : 40 000 € versés. Mois 3, créditeur : la correction accroît le crédit de 10 000 €. Mois 4, débiteur : 50 000 € versés.
Méthode censurée : 40 000 € restitués au titre du mois 2 et 10 000 € au titre du mois 4, soit 50 000 € ; le reliquat de 60 000 € du mois 1 est perdu. Méthode retenue par le Conseil d'État : le reliquat de 60 000 € s'ajoute aux 10 000 € du mois 3 et s'impute sur les 50 000 € du mois 4, soit une restitution totale de 90 000 €. Les 20 000 € restants ne s'obtiennent pas par cette réclamation : ils relèvent de la voie du report et du remboursement, dans les conditions et délais qui lui sont propres.
04
Ce que le cabinet vérifie
(i) La position de l'entreprise, mois par mois, débitrice ou créditrice, sur toute la période, avant et après correction. (ii) La voie à suivre : correction déclarative, report puis demande de remboursement, ou réclamation pour les mois débiteurs, à présenter en principe au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle du versement de la taxe contestée (LPF, art. R* 196-1, b) ou, lorsque l'entreprise fait l'objet d'une procédure de rectification, dans un délai égal à celui de l'administration (LPF, art. R* 196-3). (iii) Le calcul de l'administration : tout reliquat de crédit non imputé est reporté, jusqu'à épuisement, sur les mois débiteurs ultérieurs compris dans la période réclamée. (iv) En cas de rejet, le délai de recours devant le tribunal administratif, objet de la présente note.
Le Conseil d'État n'a pas tranché les autres moyens du pourvoi, notamment celui relatif à la prise en compte des rappels de TVA notifiés à l'issue du contrôle.