Domiciliation fiscale : critères de l’article 4 B, 183 jours et conventions
Vous êtes domicilié fiscalement en France si un seul des trois critères de l’article 4 B du CGI est rempli : le foyer ou le séjour principal, l’activité professionnelle principale, le centre des intérêts économiques. La règle des « 183 jours » n’y figure pas. Lorsque deux États vous considèrent comme résident, la convention fiscale tranche, et depuis 2025 l’article 4 B prévoit expressément qu’elle l’emporte. Testez votre situation avec le quiz de résidence fiscale.
Comment est déterminée la domiciliation fiscale en France ?
Selon l’article 4 B du CGI, ont leur domicile fiscal en France les personnes qui y ont leur foyer ou le lieu de leur séjour principal, celles qui y exercent une activité professionnelle, sauf à prouver qu’elle est accessoire, et celles qui y ont le centre de leurs intérêts économiques. Un seul critère suffit. La personne domiciliée en France est imposable sur l’ensemble de ses revenus mondiaux (article 4 A).
Ces critères internes cèdent devant les conventions : une personne qui remplit l’un d’eux n’est pas domiciliée en France lorsque, par application d’une convention fiscale, elle n’est pas regardée comme résidente de France. Le départage conventionnel suit une cascade : foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité, accord amiable.
CGI art. 4 B (Légifrance) ; BOI-IR-CHAMP-10. Vérifié le 6 octobre 2026.
- Textes
- CGI art. 4 A et 4 B ; conventions fiscales bilatérales
- Critères internes
- Foyer ou séjour principal ; activité professionnelle principale ; centre des intérêts économiques ; un seul suffit
- 183 jours
- Pas un critère de l’article 4 B ; la doctrine retient un séjour de plus de six mois, examiné seulement à défaut de foyer
- Dirigeants
- Présomption d’activité principale en France pour les dirigeants d’entreprises françaises de plus de 250 M€ de chiffre d’affaires
- Conventions
- Elles priment : la résidence attribuée à l’autre État exclut la domiciliation en France (art. 4 B, depuis 2025)
- Reprise
- Trois ans en principe ; dix ans en cas de fausse domiciliation à l’étranger (LPF art. L. 169)
Les trois critères de l’article 4 B du CGI
Les critères sont alternatifs : il suffit que l’un d’eux soit rempli pour que la personne soit domiciliée en France au sens du droit interne, quelles que soient par ailleurs ses attaches à l’étranger (BOI-IR-CHAMP-10, § 310).
- Le foyer ou le lieu du séjour principal (a). Le foyer est le lieu où la personne habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans tenir compte des séjours temporaires ailleurs pour des raisons professionnelles. Un cadre qui travaille à l’étranger pendant que sa famille reste en France garde en principe son foyer en France. Le séjour principal n’est examiné qu’à défaut de foyer ;
- L’activité professionnelle (b). La personne qui exerce une activité en France, salariée ou non, y est domiciliée sauf à justifier que cette activité est accessoire. L’activité principale est celle à laquelle elle consacre le plus de temps effectif, ou, à défaut, celle qui lui procure la plus grande part de ses revenus mondiaux. Les dirigeants d’une entreprise dont le siège est en France et qui y réalise un chiffre d’affaires annuel supérieur à 250 M€ (groupe compris) sont présumés y exercer leur activité principale, sauf preuve contraire (règle issue de la loi de finances pour 2020) ;
- Le centre des intérêts économiques (c). C’est le lieu des principaux investissements, du siège des affaires, d’où les biens sont administrés, ou d’où la personne tire la majeure partie de ses revenus. C’est souvent le critère décisif pour un retraité ou un rentier qui conserve en France l’essentiel de son patrimoine.
Les agents de l’État, des collectivités territoriales et de la fonction publique hospitalière en poste ou en mission à l’étranger qui n’y sont pas soumis à un impôt personnel sur l’ensemble de leurs revenus restent également domiciliés en France (article 4 B, 2).
Résidence fiscale et 183 jours : ce que dit vraiment la loi
La règle des « 183 jours » est la plus répandue, et la plus trompeuse. L’article 4 B ne fixe aucun nombre de jours. L’administration considère qu’une personne a en France le lieu de son séjour principal lorsqu’elle y séjourne plus de six mois au cours d’une année, mais elle précise elle-même que ce seuil n’est pas absolu (BOI-IR-CHAMP-10, § 130 et 150). Surtout, le séjour principal ne joue qu’à défaut de foyer : une personne dont la famille vit en France y reste domiciliée même si elle passe l’essentiel de l’année ailleurs.
Passer moins de 183 jours en France ne suffit donc jamais à ne plus y être résident : il faut aussi que le foyer, l’activité principale et le centre des intérêts économiques soient hors de France. Inversement, dépasser six mois en France sans y avoir de foyer peut suffire à y être domicilié. Dans le modèle de convention de l’OCDE et dans de nombreuses conventions, le seuil de 183 jours relève de l’article consacré aux revenus d’emploi (article 15, pour savoir quel État impose une rémunération), non de l’article 4 qui départage la résidence : le « séjour habituel » s’y apprécie sans seuil chiffré. La rédaction exacte varie d’une convention à l’autre.
Le départage conventionnel : quand deux États vous revendiquent
Lorsque la France et un autre État vous considèrent tous deux comme résident selon leur droit interne, la convention fiscale qui les lie règle le conflit. Depuis la loi de finances pour 2025, l’article 4 B le dit expressément : la personne qui remplit un critère interne n’est pas domiciliée en France si, par application de la convention, elle n’est pas regardée comme résidente de France. La plupart des conventions reprennent la cascade de l’article 4 § 2 du modèle de l’OCDE, appliquée dans l’ordre : on s’arrête au premier critère qui tranche.
| Rang | Critère conventionnel | Ce qui est examiné |
|---|---|---|
| 1 | Foyer d’habitation permanent | Un logement disponible de façon durable, en propriété ou en location, et non un séjour ponctuel |
| 2 | Centre des intérêts vitaux | Si un foyer existe dans les deux États : liens personnels (famille, vie sociale) et économiques (activité, patrimoine) les plus étroits |
| 3 | Séjour habituel | Fréquence, durée et régularité des séjours sur une période suffisante, sans seuil chiffré |
| 4 | Nationalité | L’État dont la personne a la nationalité, si elle n’en a qu’une des deux |
| 5 | Accord amiable | Les autorités compétentes tranchent d’un commun accord |
Chaque convention a sa rédaction propre, et certaines conventions anciennes ou particulières s’écartent du modèle : la convention avec Monaco soumet en principe à l’impôt français les personnes de nationalité française qui transfèrent leur domicile ou leur résidence à Monaco, comme si elles résidaient en France, avec des exclusions précisées par la convention et sa doctrine (BOI-INT-CVB-MCO-10). Vérifiez la convention applicable dans l’atlas des conventions fiscales du cabinet, par exemple la convention avec la Suisse, et sur les pages pays : France-Suisse, France-Portugal, France-États-Unis. Pour les personnes qui s’installent en Suisse, voir aussi la résidence fiscale en Suisse.
Prouver que l’on n’est plus résident fiscal français
En cas de contrôle, c’est sur des faits que se joue la résidence. Un certificat de résidence étranger ne suffit pas : il établit que l’autre État vous considère comme résident, pas que la France doit vous perdre. Le dossier se constitue au moment du départ, et se tient à jour ensuite.
- Foyer : bail ou acte d’acquisition à l’étranger, résiliation ou mise en location du logement français, scolarisation des enfants, installation du conjoint ;
- Séjours : relevé des jours passés dans chaque pays, titres de transport, dépenses courantes localisées ;
- Activité : contrat de travail ou mandat exercé à l’étranger, lieu effectif des réunions de direction, fin des fonctions en France ou preuve de leur caractère accessoire ;
- Intérêts économiques : comptes, placements et sources de revenus, localisation de la gestion du patrimoine ;
- Formalités : déclaration de départ, dernière déclaration en France, déclaration 2074-ETD si l’exit tax est en jeu, inscription au registre des Français établis hors de France, certificat de résidence de l’État d’accueil.
Devant le juge : où se joue la résidence
Deux décisions du Conseil d’État fixent la lecture du texte : la première pour le critère interne du foyer, la seconde pour le départage conventionnel. La défense d’un redressement de résidence est traitée sur la page contester un redressement de résidence fiscale.
- Le foyer l’emporte sur le lieu de travail. Un contribuable qui travaillait au Bénin, mais dont la compagne puis épouse et la fille vivaient à Cassis puis à La Ciotat, a son foyer, et donc son domicile fiscal, en France. Le lieu du séjour principal ne détermine le domicile qu’à défaut de foyer, et les séjours effectués ailleurs pour les besoins de la profession ne sont pas pris en compte (CE, 18 juillet 2011, n° 336257).
- La convention peut l’emporter sur l’article 4 B. Un contribuable qui exerçait une activité en France y était domicilié au sens de l’article 4 B ; mais, ayant loué un studio à Tournai, s’y étant fait inscrire, y ayant ouvert un compte et déclaré ses revenus, tandis que sa maison française était mise en vente puis prêtée à son frère, il n’avait de foyer permanent d’habitation qu’en Belgique. La convention franco-belge le rendait donc résident belge, et la plus-value de cession de titres n’était pas imposable en France (CE, 15 décembre 2004, n° 259771).
Les deux décisions se gagnent sur des faits datés : bail, inscription aux registres, scolarisation, comptes, consommations. C’est la raison du dossier de preuve décrit plus haut ; elles datent d’avant la loi de finances pour 2025, qui a inscrit à l’article 4 B la primauté des conventions, que le Conseil d’État appliquait déjà.
Conséquences et contentieux de la domiciliation
Résident, vous êtes imposable en France sur l’ensemble de vos revenus, sous réserve des conventions. Non-résident, vous n’y êtes imposable que sur vos revenus de source française, avec un taux minimum de 20 % jusqu’à la limite supérieure de la deuxième tranche du barème et de 30 % au-delà (article 197 A), sous réserve notamment de l’option pour le taux moyen, et des retenues à la source sur certains revenus ; le départ peut déclencher l’exit tax de l’article 167 bis pour les personnes domiciliées en France six des dix années précédentes et détenant des titres représentant au moins 50 % des bénéfices d’une société ou une valeur globale supérieure à 800 000 €. Voir préparer son expatriation fiscale et, dans l’autre sens, la fiscalité du retour en France.
L’administration peut remettre en cause une domiciliation à l’étranger dans le délai de reprise : trois ans en principe, porté à dix ans lorsqu’une personne se prévaut d’une fausse domiciliation fiscale à l’étranger, pour les catégories de revenus non déclarées (LPF art. L. 169, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er juillet 2026), ainsi que pour les revenus afférents à des comptes étrangers non déclarés, sauf si le total de leurs soldes créditeurs n’a jamais dépassé 50 000 € dans l’année. La requalification entraîne le rappel de l’impôt sur les revenus mondiaux, l’intérêt de retard et souvent une majoration, que l’on peut contester. La défense du contribuable, de la proposition de rectification au juge, est traitée sur notre page contester un redressement de résidence fiscale.
Avocat référent
Jonathan Bensaid, avocat aux barreaux de Paris et de Genève, conseille les particuliers et les dirigeants sur leur résidence fiscale avant un départ ou un retour, et les défend lorsque l’administration conteste leur domiciliation à l’étranger. Le cabinet travaille notamment sur le corridor franco-suisse depuis ses bureaux de Paris et de Genève.
Domiciliation et résidence fiscale : vos questions
Quels sont les critères de domiciliation fiscale en France ?
L’article 4 B du CGI retient trois critères alternatifs : le foyer ou le lieu du séjour principal en France, l’exercice en France d’une activité professionnelle non accessoire, et le centre des intérêts économiques en France. Un seul suffit. Les dirigeants d’entreprises françaises réalisant plus de 250 M€ de chiffre d’affaires sont présumés exercer leur activité principale en France.
Faut-il passer moins de 183 jours en France pour ne plus être résident ?
Ce n’est ni nécessaire ni suffisant. L’article 4 B ne fixe aucun nombre de jours ; la doctrine retient un séjour de plus de six mois pour caractériser le séjour principal, qui n’est examiné qu’à défaut de foyer. Une personne dont la famille vit en France reste domiciliée en France même si elle y passe moins de 183 jours.
Que se passe-t-il si je suis résident de deux États ?
La convention fiscale entre les deux États désigne un seul État de résidence, selon une cascade : foyer d’habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité, puis accord amiable. Depuis 2025, l’article 4 B précise que la personne qui n’est pas résidente de France au sens de la convention n’y est pas domiciliée.
Comment prouver que je ne suis plus résident fiscal français ?
Par un faisceau de pièces qui montrent que le foyer, l’activité principale et le centre des intérêts économiques sont hors de France : logement et famille installés à l’étranger, relevé des jours de présence, contrat ou mandat exercé à l’étranger, localisation des revenus et du patrimoine, certificat de résidence de l’État d’accueil. Le certificat seul ne suffit pas.
L’administration peut-elle contester ma résidence à l’étranger ?
Oui, dans le délai de reprise de trois ans, porté à dix ans en cas de fausse domiciliation fiscale à l’étranger pour les revenus non déclarés (LPF art. L. 169). Elle doit alors établir qu’un critère de l’article 4 B est rempli et que la convention ne vous attribue pas à l’autre État. Le contribuable conteste sur les faits et sur la convention.
Le départ de France déclenche-t-il l’exit tax ?
Oui si vous avez été résident au moins six des dix années précédant le départ et si vos titres excèdent 800 000 € ou représentent au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société. Voir le guide de l’exit tax et le simulateur.
Résidence fiscale sur le site du cabinet
Quiz de résidence fiscale
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Voir la page DépartExit tax : guide 2026
Voir la page DépartPréparer son expatriation fiscale
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Voir la page PôleFiscalité des non-résidents
Voir la pageUne qualification de résidence fiscale à analyser ?
Premier échange confidentiel pour analyser votre situation au regard de l’article 4 B et de la convention applicable, et constituer le dossier qui la sécurise.
Sources
- Articles 4 A, 4 B (version en vigueur depuis le 16 février 2025), 167 bis et 197 A du code général des impôts (Légifrance, consultés le 6 octobre 2026)
- Article L. 169 du livre des procédures fiscales, version en vigueur depuis le 1er juillet 2026
- BOI-IR-CHAMP-10, notamment § 100 à 150, § 220, § 230 et § 310
- Modèle de convention fiscale de l’OCDE, articles 4 § 2 et 15 § 2
Cette note présente l'état du droit à sa date de publication et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation appelle un examen particulier.
Cette page présente les règles de domiciliation fiscale à titre informatif ; chaque situation appelle une analyse spécifique. Droit en vigueur au 6 octobre 2026.