— 01
Pourquoi le 24-bis italien reste la référence européenne pour les patrimoines mondiaux
Introduit par la legge di bilancio 2017 dans le sillage de la suppression du non-dom britannique, l'article 24-bis du TUIR ouvre aux nouveaux résidents italiens — sur option et sous conditions — la faculté de soumettre l'ensemble de leurs revenus de source étrangère à une imposition forfaitaire substitutive. Le dispositif ne touche ni aux revenus de source italienne, taxés au barème ordinaire (23 % à 43 %), ni à la fiscalité locale, ni à l'IRAP éventuel. Il neutralise en revanche, dans son périmètre, l'IRPEF, les retenues à la source italiennes sur les revenus étrangers, et la fiscalité italienne sur la fortune extraterritoriale (IVIE, IVAFE).
Le décret-loi n° 113 du 9 août 2024, converti par la loi du 7 octobre 2024, a opéré un premier changement de paradigme : le forfait passait de 100 000 € à 200 000 € par an pour toute option exercée à compter du 10 août 2024. La loi de finances italienne pour 2026 (art. 1er) a opéré un second relèvement, portant le forfait à 300 000 € par an pour toute option exercée à compter du 1er janvier 2026, et doublant simultanément l'extension famille à 50 000 € par membre. À chaque palier, les contribuables déjà entrés dans le régime conservent leur plafond historique — droit acquis explicitement préservé par le législateur italien (grandfathering). Cette stratification produit, depuis 2026, une fiscalité à trois vitesses pour les nouveaux résidents fortunés, sans pour autant remettre en cause l'attrait structurel du dispositif comparé aux régimes concurrents (forfait suisse au sens des art. 14 LIFD et 6 LHID, NHR portugais désormais restreint, res non-dom britannique aboli).
À 300 000 € par an pendant quinze ans, le coût d'entrée s'élève à 4,5 millions d'euros au total — somme qui n'est rationnelle que pour des patrimoines générant un revenu étranger annuel supérieur à environ 1,2 à 1,5 million d'euros. Pour cette typologie — UHNWI, dirigeants cédants, retraités du private equity, sportifs de haut niveau, héritiers de capitaux mobiliers internationaux — le forfait élimine la complexité de la fiscalité mondiale (dividendes, intérêts, plus-values, revenus passifs) au profit d'un coût plafonné et prévisible. L'extension familiale à 50 000 € par personne (depuis le 1er janvier 2026) reste un levier pour les family offices patrimoniaux, même si le ticket d'entrée global s'est sensiblement alourdi.
Le cabinet considère néanmoins que l'efficacité réelle du 24-bis dépend autant de l'option italienne elle-même que de la sortie propre de la résidence française : caractère effectif du transfert, traitement de l'exit tax de l'article 167 bis du CGI, articulation avec la convention franco-italienne du 5 octobre 1989, anticipation des contrôles post-départ. Une option italienne mal documentée côté français expose à une requalification en double résidence — laquelle annule l'économie attendue et déclenche un risque pénal.