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Trois conditions, et une quatrième pour les couples
Ne pas avoir la nationalité suisse. Le binational qui détient un passeport suisse est exclu, même s'il n'a jamais vécu en Suisse.
S'installer pour la première fois, ou après dix ans d'absence. Le régime vise ceux qui ont constitué leur fortune ailleurs. Une année de résidence fiscale suisse quinze ans plus tôt ne disqualifie pas ; un séjour il y a six ans, si.
N'exercer aucune activité lucrative en Suisse. C'est la condition qui concentre les risques. Le critère est territorial : ce qui compte, c'est le lieu où le travail est accompli, pas celui où l'employeur est établi ni celui où le salaire est versé. Un appel de travail passé depuis son salon à Cologny, un courriel d'approbation envoyé depuis une terrasse de Montreux : techniquement, c'est une activité lucrative en Suisse. À l'heure du télétravail, la règle est exigeante, et les administrations disposent d'outils qu'elles n'avaient pas il y a dix ans : échange automatique d'informations, historiques de voyage, réseaux sociaux.
Ce qui reste permis : gérer sa fortune privée depuis la Suisse, suivre son portefeuille, parler à sa banque, arbitrer ses placements, tant que cela ne bascule pas dans le négoce professionnel. L'administration fiscale du canton d'Uri l'écrit dans sa notice valable depuis le 1er janvier 2026 : un mandat d'administrateur exercé en Suisse est admis s'il n'est pas rémunéré et ne sert qu'à administrer son propre patrimoine, ou s'il est bénévole ; c'est une pratique cantonale, pas une règle fédérale. Un mandat d'administrateur passif dans une société étrangère, avec des séances tenues à l'étranger et documentées, est généralement compatible. Un rôle exécutif, même logé dans une entité étrangère, ne l'est pas. Un profil de quarante-cinq ans avec un historique de négoce actif qui annonce « prendre sa retraite » sera regardé de près : la question n'est pas de savoir si la retraite est sincère aujourd'hui, mais si elle le restera pendant cinq ans.
Le conjoint. Les époux vivant en ménage commun sont imposés ensemble, et les deux doivent remplir les trois conditions. Si l'un est suisse, ou travaille en Suisse, le forfait est fermé aux deux. Cette règle va changer : le 8 mars 2026, les Suisses ont accepté à 54,2 % la loi fédérale du 20 juin 2025 sur l'imposition individuelle, qui abroge la condition tenant aux deux époux (art. 14 al. 2 LIFD, art. 6 al. 2 LHID) et entrera en vigueur le 1er janvier 2032 : le Conseil fédéral a arrêté cette date le 19 août 2026, la plus tardive que permettait la loi, pour laisser aux cantons le temps d'adapter leur législation.
Deux conséquences se dessinent. La bonne : les couples « mixtes » deviendront possibles, l'un au forfait, l'autre à l'imposition ordinaire ; le message du Conseil fédéral le dit expressément pour l'époux de nationalité suisse. La moins bonne : le même message précise que la base de calcul minimale s'appliquera à chaque personne, alors qu'elle vaut aujourd'hui pour le couple ; pour un couple dont les deux membres sont éligibles, le minimum agrégé double. Aucun canton ne s'est engagé à baisser son plancher pour compenser, et rien n'est encore écrit sur le traitement du multiple du loyer pour un logement commun. Il y a donc un arbitrage à préparer dès maintenant : concentrer le patrimoine sur l'époux qui restera au forfait, et laisser l'autre à l'imposition ordinaire.