Patrimoine, corridor franco-suisse

Forfait fiscal suisse 2026 : comment il fonctionne vraiment, ce qu'il coûte, et ce qu'il ne protège pas côté France

Le « forfait fiscal » suisse n'est pas un forfait. C'est une imposition ordinaire, aux barèmes ordinaires, assise sur une base différente : votre train de vie mondial, et non vos revenus. Cette page en expose la mécanique, canton par canton, avec les chiffres 2026 vérifiés sur les textes, un calculateur de base, et la partie que les guides écrits depuis Londres ou Zurich n'écrivent jamais : depuis 2013, la France refuse aux forfaitaires la protection de la convention de 1966. Pour un contribuable français, c'est ce qui commande tout le reste.

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Qu'est-ce que le forfait fiscal suisse ?

Le forfait fiscal suisse, de son vrai nom imposition d'après la dépense (art. 14 LIFD, art. 6 LHID), permet à un étranger qui s'installe en Suisse sans y travailler d'être imposé non sur ses revenus et sa fortune mondiaux, mais sur le coût annuel de son train de vie. Les barèmes sont ceux de l'impôt ordinaire ; seule l'assiette change.

La base n'est pas négociée librement : c'est le plus élevé de quatre planchers, revus chaque année. Les dépenses mondiales effectives, sept fois le loyer ou la valeur locative du logement suisse, le minimum légal (CHF 435 000 pour l'impôt fédéral en 2026, et un plancher propre à chaque canton), et le « calcul de contrôle » sur les éléments de source suisse.

Trois conditions cumulatives : ne pas être suisse, arriver pour la première fois ou après dix ans d'absence, n'exercer aucune activité lucrative en Suisse. Pour un Français, une quatrième réalité s'ajoute : la France ne reconnaît pas le forfaitaire comme résident conventionnel (art. 4 § 6 b de la convention de 1966), ce qui laisse jouer le droit interne français sur la résidence, les revenus de source française, l'exit tax et les successions.

LIFD art. 14 ; LHID art. 6 ; convention franco-suisse du 9 septembre 1966, art. 4 § 6 b ; BOI-INT-CVB-CHE-10-10 ; CE 18 septembre 2023, n° 469789. Vérifié le 28 septembre 2026.

— En bref
Base minimale fédérale 2026
CHF 435 000 (art. 14 al. 3 LIFD, indexé)
Planchers cantonaux
Valais CHF 250 000 · Vaud CHF 415 000 · Genève CHF 426 357 + 10 % · Zoug CHF 500 000 · Schwyz CHF 600 000
Multiple du loyer
× 7 (× 3 pour une pension ou un hôtel)
Conditions
Pas de nationalité suisse · première installation ou 10 ans d'absence · aucune activité lucrative en Suisse · le conjoint aussi
Angle France
Pas de résidence conventionnelle depuis les revenus 2013 (art. 4 § 6 b CDI 1966 ; CE 18 septembre 2023, n° 469789)
Successions
Hors convention depuis le 1er janvier 2015 : art. 750 ter CGI
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Un « forfait » qui n'en est pas un

Le mot est entré dans le langage courant, mais il induit en erreur. Un vrai forfait, c'est l'Italie : EUR 300 000 par an, quel que soit le patrimoine, plus EUR 50 000 par membre de la famille. C'est la Grèce : EUR 100 000 par an, à condition d'investir EUR 500 000 dans le pays. Un montant fixe, connu d'avance, indépendant de la situation du contribuable.

La Suisse ne fonctionne pas ainsi. Le terme exact est imposition d'après la dépense (art. 14 LIFD, art. 6 LHID). Les barèmes ne changent pas : ce sont ceux de l'impôt ordinaire, fédéral, cantonal et communal. Ce qui change, c'est l'assiette. À la place du revenu mondial, l'administration retient le coût annuel de votre train de vie, en Suisse et à l'étranger, pour vous et les personnes à votre charge.

Cette idée n'est pas une astuce fiscale. Elle repose sur une intuition économique classique : un revenu ne peut être que dépensé ou épargné. Un impôt sur le revenu frappe les deux. Un impôt sur la dépense ne frappe que le premier terme et laisse l'épargne, donc le patrimoine et son rendement non consommé, hors de portée. Aucun grand pays n'a jamais adopté ce modèle pour l'ensemble de sa population. La Suisse l'applique, depuis plus d'un siècle, à une population très précise : des étrangers fortunés qui viennent y vivre sans y travailler.

Le régime est né au XIXe siècle, avec les rentiers britanniques installés sur les rives du Léman. Les cantons ne pouvaient ni connaître ni vérifier leurs fortunes lointaines. Ils pouvaient en revanche constater ce qu'ils dépensaient sur place : hôtels, personnel de maison, pensionnats, commerces. On les a imposés là-dessus, en échange des services publics qu'ils utilisaient. La logique politique n'a pas changé : ces contribuables ne prennent pas d'emploi aux résidents, ils importent de la richesse et la dépensent localement. C'est ce qui explique que l'initiative fédérale « Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires » ait été rejetée le 30 novembre 2014 par 59,2 % des votants, et que le même jour les Genevois aient repoussé à plus de 68 % l'initiative cantonale qui voulait supprimer le régime.

Cinq cantons l'ont toutefois aboli : Zurich (votation du 8 février 2009, effet 2010), puis, entre 2011 et 2012, Schaffhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures, Bâle-Campagne et Bâle-Ville. Le forfait y subsiste techniquement pour l'impôt fédéral, mais s'y installer n'a plus de sens pour un forfaitaire. Les 21 autres cantons l'appliquent, dans le cadre durci par la loi fédérale du 28 septembre 2012, applicable aux cantons depuis 2014 et à l'impôt fédéral depuis le 1er janvier 2016 : base minimale de CHF 400 000 à l'origine, indexée depuis (CHF 435 000 pour 2026, CHF 437 000 dès 2027), multiple du loyer porté de cinq à sept, conditions harmonisées.

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Le calcul : quatre planchers, et le plus élevé l'emporte

C'est ici que le régime suisse se distingue d'un vrai forfait. La base imposable n'est pas négociée librement : elle est le plus élevé de quatre montants, testés chaque année.

  1. Vos dépenses mondiales effectives : logement, personnel, écoles, voyages, véhicules, bateaux, assurances, dons réguliers, honoraires de conseil, et les impôts eux-mêmes (la circulaire AFC n° 44 du 24 juillet 2018 détaille le budget à produire). Seules les dépenses de train de vie comptent : les frais extraordinaires et non périodiques, une donation d'une part importante de la fortune par exemple, en sont exclus.
  2. Sept fois le loyer annuel ou la valeur locative de votre résidence en Suisse (trois fois le prix de la pension si vous vivez à l'hôtel). Un loyer de CHF 15 000 par mois donne mécaniquement une base de CHF 1 260 000.
  3. Le minimum légal : CHF 435 000 pour l'impôt fédéral direct en 2026, et le plancher propre à chaque canton (section 04).
  4. Le calcul de contrôle : l'impôt d'après la dépense ne peut être inférieur à l'impôt ordinaire qui serait dû sur vos éléments de source suisse. La liste de l'art. 14 al. 3 let. d LIFD est précise : immeubles sis en Suisse et leurs revenus, objets mobiliers et capitaux placés en Suisse, brevets et droits d'auteur exploités en Suisse, rentes et pensions de source suisse, et tous les revenus étrangers pour lesquels vous demandez le bénéfice d'une convention conclue par la Suisse.
Les quatre planchers de la base de dépense : le plus élevé l'emporteQuatre colonnes comparées pour un couple installé à Genève avec un loyer de 180 000 francs et un train de vie de 900 000 francs : dépenses mondiales 900 000, sept fois le loyer 1 260 000, minimum légal 468 993, calcul de contrôle nul. La base retenue est 1 260 000 francs, fixée par le loyer. LA BASE IMPOSABLE = LE PLUS ÉLEVÉ DES QUATRE Exemple : couple européen à Genève, loyer CHF 180 000, train de vie CHF 900 000 CHF 900 000 1 Dépenses mondiales de train de vie logement, personnel, écoles, voyages, impôts inclus CHF 1 260 000 2 Sept fois le loyer ou la valeur locative 7 × 180 000 (× 3 en pension) CHF 468 993 3 Minimum légal IFD 435 000 · Genève 426 357 + 10 % CHF 0 4 Calcul de contrôle impôt ordinaire sur les éléments de source suisse BASE RETENUE : CHF 1 260 000, FIXÉE PAR LE LOYER LIFD art. 14 al. 3 · LHID art. 6 · Genève : plancher ICC 2026 majoré de 10 % pour couvrir l'impôt sur la fortune · © Bensaid Avocats
Schéma : les quatre planchers, sur l'exemple développé ci-dessous. Le loyer, et non la dépense négociée, fixe la base.

Ce dernier point est le mécanisme de l'imposition modifiée d'après la dépense, le « forfait modifié » des praticiens. Si vous voulez récupérer une retenue à la source étrangère grâce au réseau conventionnel suisse, les revenus concernés entrent dans le calcul de contrôle et sont imposés au taux du revenu total. Sept États n'accordent leurs avantages conventionnels aux forfaitaires qu'à cette condition : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Italie, la Norvège, le Canada et les États-Unis (circulaire n° 44, ch. 5.2). La France n'en fait pas partie : elle ne les accorde pas du tout, nous y reviendrons.

Et l'impôt sur la fortune ? Il est cantonal, et chaque canton l'intègre à sa manière. Genève et Vaud majorent la base cantonale (respectivement de 10 % et de 15 %) et ne taxent pas la fortune séparément. D'autres cantons retiennent une fortune réputée égale à un multiple de la base de dépense (quatre fois en Valais et à Fribourg, cinq fois au Tessin et à Neuchâtel, vingt fois à Zoug, Schwyz ou Lucerne), à laquelle s'applique le barème ordinaire. Dans tous les cas, on est très loin d'une imposition de la fortune mondiale réelle.

Un exemple chiffré. Un couple ressortissant de l'Union européenne s'installe à Genève. Patrimoine mondial : CHF 60 millions, rendement de 4 %, soit CHF 2,4 millions de revenus annuels. Loyer : CHF 180 000 par an. Train de vie mondial réel : CHF 900 000.

Imposition ordinaireImposition d'après la dépense
Base revenuCHF 2 400 000CHF 1 260 000 (7 × loyer, supérieur aux CHF 900 000 de dépenses et au minimum légal)
Base cantonale et communaleCHF 2 400 000CHF 1 386 000 (majoration de 10 %)
Fortune imposableCHF 60 000 000Néant (absorbée par la majoration)
Ordre de grandeur de l'impôt totalenviron CHF 1,5 million (revenu et fortune)environ CHF 530 000

Les taux appliqués sont les mêmes des deux côtés (barèmes genevois 2025 indexés, commune de Genève ; taux marginal cumulé sur le revenu de 40 à 44 % selon la commune, impôt sur la fortune plafonnant un peu sous 0,9 %). L'écart, près d'un million de francs par an, ne vient d'aucune faveur de barème ; il vient uniquement de l'assiette. Et l'exemple montre un piège classique : ce n'est pas la dépense négociée qui fixe l'impôt, mais le loyer. Choisir sa résidence, c'est choisir son assiette. Le calculateur plus bas applique cette règle à vos propres montants.

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Trois conditions, et une quatrième pour les couples

Ne pas avoir la nationalité suisse. Le binational qui détient un passeport suisse est exclu, même s'il n'a jamais vécu en Suisse.

S'installer pour la première fois, ou après dix ans d'absence. Le régime vise ceux qui ont constitué leur fortune ailleurs. Une année de résidence fiscale suisse quinze ans plus tôt ne disqualifie pas ; un séjour il y a six ans, si.

N'exercer aucune activité lucrative en Suisse. C'est la condition qui concentre les risques. Le critère est territorial : ce qui compte, c'est le lieu où le travail est accompli, pas celui où l'employeur est établi ni celui où le salaire est versé. Un appel de travail passé depuis son salon à Cologny, un courriel d'approbation envoyé depuis une terrasse de Montreux : techniquement, c'est une activité lucrative en Suisse. À l'heure du télétravail, la règle est exigeante, et les administrations disposent d'outils qu'elles n'avaient pas il y a dix ans : échange automatique d'informations, historiques de voyage, réseaux sociaux.

Ce qui reste permis : gérer sa fortune privée depuis la Suisse, suivre son portefeuille, parler à sa banque, arbitrer ses placements, tant que cela ne bascule pas dans le négoce professionnel. L'administration fiscale du canton d'Uri l'écrit dans sa notice valable depuis le 1er janvier 2026 : un mandat d'administrateur exercé en Suisse est admis s'il n'est pas rémunéré et ne sert qu'à administrer son propre patrimoine, ou s'il est bénévole ; c'est une pratique cantonale, pas une règle fédérale. Un mandat d'administrateur passif dans une société étrangère, avec des séances tenues à l'étranger et documentées, est généralement compatible. Un rôle exécutif, même logé dans une entité étrangère, ne l'est pas. Un profil de quarante-cinq ans avec un historique de négoce actif qui annonce « prendre sa retraite » sera regardé de près : la question n'est pas de savoir si la retraite est sincère aujourd'hui, mais si elle le restera pendant cinq ans.

Le conjoint. Les époux vivant en ménage commun sont imposés ensemble, et les deux doivent remplir les trois conditions. Si l'un est suisse, ou travaille en Suisse, le forfait est fermé aux deux. Cette règle va changer : le 8 mars 2026, les Suisses ont accepté à 54,2 % la loi fédérale du 20 juin 2025 sur l'imposition individuelle, qui abroge la condition tenant aux deux époux (art. 14 al. 2 LIFD, art. 6 al. 2 LHID) et entrera en vigueur le 1er janvier 2032 : le Conseil fédéral a arrêté cette date le 19 août 2026, la plus tardive que permettait la loi, pour laisser aux cantons le temps d'adapter leur législation.

Deux conséquences se dessinent. La bonne : les couples « mixtes » deviendront possibles, l'un au forfait, l'autre à l'imposition ordinaire ; le message du Conseil fédéral le dit expressément pour l'époux de nationalité suisse. La moins bonne : le même message précise que la base de calcul minimale s'appliquera à chaque personne, alors qu'elle vaut aujourd'hui pour le couple ; pour un couple dont les deux membres sont éligibles, le minimum agrégé double. Aucun canton ne s'est engagé à baisser son plancher pour compenser, et rien n'est encore écrit sur le traitement du multiple du loyer pour un logement commun. Il y a donc un arbitrage à préparer dès maintenant : concentrer le patrimoine sur l'époux qui restera au forfait, et laisser l'autre à l'imposition ordinaire.

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Le passeport fait le prix : UE/AELE contre États tiers

Le régime fiscal et le titre de séjour sont deux dossiers distincts, mais le second conditionne le premier.

Ressortissants de l'Union européenne et de l'AELE. L'Accord sur la libre circulation des personnes donne droit à un permis B « sans activité lucrative » sur justification de moyens financiers suffisants et d'une assurance-maladie. Ni condition d'âge, ni lien préalable avec la Suisse. C'est le cas de la quasi-totalité de nos clients français.

Ressortissants d'États tiers (Britanniques depuis le Brexit, Américains, Israéliens, ressortissants du Golfe). Deux voies. Dès 55 ans révolus, le statut de rentier (art. 28 LEI, art. 25 OASA), qui suppose des liens personnels particuliers avec la Suisse. Avant cet âge, l'autorisation fondée sur un intérêt fiscal cantonal important (art. 30 al. 1 let. b LEI, art. 32 OASA), soumise à l'approbation du Secrétariat d'État aux migrations. Dans ce second cas, le canton attend une contribution fiscale nettement supérieure à celle d'un Européen dans la même situation.

Planchers cantonaux 2025-2026 (base de dépense, ressortissants UE/AELE)
CantonBase minimale cantonaleTraitement de la fortunePratique États tiers (indicatif)
GenèveCHF 426 357 + 10 % = CHF 468 993Majoration de 10 %Base d'au moins CHF 750 000 (IFD) / CHF 825 000 (ICC)
VaudCHF 415 000 (majoration de 15 % incluse, montant non indexé)Majoration de 15 % ; les multiples du loyer et de la pension sont majorés de 10 %Environ CHF 600 000 de dépense supplémentaire
ValaisCHF 250 000Fortune réputée = 4 × la baseEnviron CHF 700 000
TessinAligné sur le plancher fédéral indexé (CHF 435 000 en 2026)Fortune réputée = 5 × la baseEnviron CHF 815 000
ZougCHF 500 000Fortune réputée = 20 × la baseEnviron CHF 1 000 000
SchwyzCHF 600 000Fortune réputée = 20 × la baseEnviron CHF 1 000 000
LucerneCHF 647 100 (période fiscale 2026)Fortune réputée = 20 × la baseImpôt minimum de CHF 400 000, tous niveaux confondus
BerneCHF 400 000Immeubles bernois à leur valeur officielleCas par cas
FribourgCHF 250 000Fortune réputée = 4 × la baseCas par cas
GrisonsPlancher fédéral indexé (CHF 435 000 en 2026)Coût de la vie capitaliséCas par cas
NeuchâtelCHF 400 000Fortune réputée = 5 × la baseCas par cas

Les montants UE/AELE sont ceux des lois cantonales et de leurs indexations. Les montants « États tiers » relèvent de la pratique administrative, non de la loi : seule Genève publie un exemple de convention (base de CHF 750 000 à l'impôt fédéral, CHF 825 000 majoration comprise au cantonal), Lucerne raisonne en impôt minimum plutôt qu'en dépense, et les autres ordres de grandeur sont ceux rapportés par la pratique ; tous se négocient et varient avec le profil. Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures n'appliquent plus le régime.

Ces planchers sont des minima, rarement le montant réellement retenu. Pour un ressortissant européen doté d'un patrimoine significatif, la plupart des rulings se concluent entre CHF 600 000 et CHF 1 200 000 de dépense. Pour un ressortissant d'État tiers, entre CHF 800 000 et CHF 1 600 000.

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Combien cela coûte, et à qui cela s'adresse

Les statistiques disent quelque chose que les brochures taisent : le régime monte en gamme. La Suisse comptait 5 634 forfaitaires en 2012 et 4 557 en 2018 selon la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances, 3 478 en 2022 selon l'enquête menée par Blick auprès des cantons en août 2026. Les recettes, elles, ne cessent de croître : CHF 767 millions en 2016, CHF 821 millions en 2018, et des records cantonaux depuis (Tessin CHF 189,5 millions en 2024, Valais CHF 122,5 millions en 2023, Zoug CHF 42,4 millions en 2025). L'impôt moyen par forfaitaire dépassait CHF 150 000 dès 2016 (CHF 180 000 en 2018) ; il est aujourd'hui plus élevé dans les cantons romands.

La lecture est simple : les cantons ont relevé leurs planchers, les petits forfaits ont disparu, et ce qui reste est un régime réservé à des patrimoines de plusieurs dizaines de millions. Le Valais reste le canton le plus peuplé de forfaitaires (841 aujourd'hui), devant le Tessin (725), Vaud (706) et Genève (520).

  • Entre CHF 100 000 et CHF 160 000 d'impôt annuel total en Valais ou dans certains cantons alémaniques, pour une base proche du minimum.
  • Entre CHF 400 000 et CHF 650 000 à Genève ou dans le canton de Vaud, dès que le loyer ou le train de vie dépasse le million de francs de base.
  • Sensiblement plus pour un ressortissant d'État tiers, par construction.

Le point de bascule est arithmétique. Si votre impôt ordinaire en Suisse (revenu mondial au barème, fortune mondiale au taux cantonal) reste inférieur à l'impôt sur votre base de dépense, le forfait ne sert à rien. Il devient intéressant lorsque le patrimoine génère nettement plus que ce que vous consommez. En dessous d'une dizaine de millions de francs de fortune productive, l'imposition ordinaire dans un canton à faible fiscalité est souvent le meilleur choix, et elle a un avantage que le forfait n'a pas : elle vous rend résident conventionnel sans discussion, y compris vis-à-vis de la France.

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L'angle français : ce que le forfait ne règle pas

C'est la partie que les guides rédigés depuis Londres ou Zurich n'écrivent jamais, et c'est celle qui compte pour un contribuable français.

La convention de 1966 exclut les forfaitaires. Le paragraphe 6 de l'article 4 de la convention franco-suisse du 9 septembre 1966, dans sa rédaction issue de l'avenant du 22 juillet 1997, énonce que n'est pas considérée comme résident d'un État contractant « une personne physique qui n'est imposable dans cet État que sur une base forfaitaire déterminée d'après la valeur locative de la ou des résidences qu'elle possède sur le territoire de cet État » (§ 6 b). Jusqu'aux revenus de 2012, une tolérance française permettait de contourner l'exclusion : née d'un échange de lettres entre les deux administrations en 1968, relayée par une circulaire de l'Administration fédérale des contributions du 29 février 1968 puis par la documentation de base 14 B-2211 n° 7 du 10 décembre 1972, elle admettait la résidence suisse du contribuable dont la base d'imposition était supérieure à cinq fois la valeur locative de son habitation (ou à une fois et demie le prix de sa pension) et dépassait ses revenus de source suisse et française « privilégiés ». C'est pour franchir ce seuil que les cantons pratiquaient le forfait majoré, cinq fois le loyer augmentés de 30 %.

La France a mis fin à cette tolérance par l'instruction 13 A-2-12 du 7 septembre 2012, en l'admettant encore pour les revenus de l'année 2012 (BOI-INT-CVB-CHE-10-10, § 70). Depuis les revenus de 2013, du point de vue français, un forfaitaire n'est pas un résident de Suisse, forfait majoré ou non.

Le Conseil d'État a tranché en deux temps. Le 25 juin 2021 (n° 442790), il a admis qu'un couple au forfait majoré, installé en Suisse en 2010 et ayant cédé ses titres en 2011, pouvait se prévaloir de la tolérance administrative alors en vigueur, sur le fondement de la garantie de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : la plus-value, non imposable en Suisse, n'entrait pas dans les « revenus privilégiés », et la convention faisait obstacle à son imposition en France. Le 18 septembre 2023 (n° 469789), il a jugé qu'un contribuable imposé en Suisse d'après la dépense, sur une base calculée à partir de son loyer même majoré de 30 %, entre dans l'exclusion du § 6 b et ne peut être regardé comme résident de Suisse par application de la convention ; la tolérance ne pouvait être invoquée, la plus-value n'ayant jamais été déclarée. La situation s'apprécie alors selon le droit interne de chaque État. En l'espèce, un dirigeant installé en Suisse en juin 2005 et ayant cédé ses titres en novembre de la même année, pour une plus-value de 62,6 millions d'euros, est resté domicilié en France au sens de l'article 4 B du CGI, parce qu'il y exerçait encore, à titre non accessoire, ses fonctions de président-directeur général.

Forfait ou imposition ordinaire : l'arbitrage franco-suisse. Pour un contribuable français dont une part importante des revenus reste de source française (immobilier, dividendes d'une holding, cession d'entreprise à venir), l'imposition ordinaire en Suisse, dans un canton à fiscalité modérée, peut être plus protectrice que le forfait : elle donne accès à la convention, à ses règles de départage de résidence et à ses plafonds. Le forfait devient pertinent lorsque le patrimoine est déjà internationalisé, que les revenus français sont marginaux, et que le départ est complet. C'est une analyse au cas par cas, chiffrée sur cinq ans, et c'est précisément l'exercice que le cabinet mène avant tout dépôt de demande.

1. Le risque de résidence française

Sans convention, pas de règles de départage. Il suffit qu'un seul des critères de l'article 4 B du CGI soit rempli (foyer en France, séjour principal, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques) pour que la France vous considère comme résident et impose votre revenu mondial et votre patrimoine immobilier mondial à l'IFI. Un conjoint resté à Paris, des enfants scolarisés en France, un mandat social conservé, une holding française qui concentre l'essentiel des actifs : chacun de ces éléments suffit à faire tomber le montage. Un départ vers la Suisse au forfait doit être un vrai départ.

2. Les revenus de source française, sans plafond conventionnel

Dividendes de sociétés françaises : retenue à la source de 12,8 %. Revenus fonciers : imposition française au taux minimum de 20 %, puis 30 % au-delà de 29 579 € de revenu net imposable (revenus 2025), plus le prélèvement de solidarité de 7,5 % pour qui est affilié à l'assurance-maladie suisse par application du règlement 883/2004, que l'accord sur la libre circulation des personnes rend applicable à la Suisse. Plus-values sur participations substantielles (plus de 25 % des bénéfices, seul ou avec sa famille, à un moment quelconque des cinq dernières années) : article 244 bis B du CGI, au taux de 12,8 %, là où la convention aurait attribué l'imposition à la Suisse. IFI sur les immeubles français et sur les titres de sociétés à prépondérance immobilière, comme pour tout non-résident. Rémunérations de mandats sociaux et pensions privées de source française : imposées en France.

3. L'exit tax ne s'efface pas

L'article 167 bis du CGI s'applique dès que vous détenez plus de EUR 800 000 de titres ou plus de 50 % d'une société. La convention franco-suisse ne comporte qu'une assistance à la notification des actes de recouvrement (art. 28 bis), ce qui ne satisfait pas la condition du sursis de plein droit : le départ vers la Suisse relève du sursis sur demande, avec désignation d'un représentant en France et constitution de garanties égales à 12,8 % des plus-values, avant le départ. Le dégrèvement intervient après deux ans de conservation, ou cinq ans au-delà de EUR 2,57 millions de titres. Un amendement voté en première lecture du budget 2026 voulait rétablir un délai de quinze ans ; il n'a pas été repris dans la loi promulguée, et l'article 167 bis est inchangé. Voir notre guide exit tax et l'analyse du régime 2026.

4. Les successions et donations, hors convention depuis 2015

La France a dénoncé la convention successorale de 1953 avec effet au 1er janvier 2015. Depuis, l'article 750 ter du CGI s'applique : si un héritier est domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années, la totalité de ce qu'il reçoit, biens suisses compris, est soumise aux droits français ; l'impôt acquitté en Suisse s'impute (art. 784 A), mais seulement à hauteur de l'impôt payé sur les biens situés hors de France. Un forfaitaire dont les enfants vivent en France transmet un patrimoine mondial taxable en France. Le forfait n'y change rien.

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Le forfait suisse face à ses concurrents

RégimeCoût annuelDuréeActivité localeCe qui reste imposable
Suisse, imposition d'après la dépenseImpôt ordinaire sur la base de dépense (CHF 435 000 de base minimale ; en pratique CHF 100 000 à 650 000 d'impôt)Illimitée tant que les conditions sont rempliesInterdite en SuisseÉléments de source suisse (calcul de contrôle)
Italie, art. 24-bis TUIREUR 300 000 fixes + EUR 50 000 par proche15 ansAutoriséeRevenus de source italienne
Grèce, art. 5AEUR 100 000 fixes, investissement de EUR 500 00015 ansAutoriséeRevenus de source grecque
Royaume-Uni, régime FIGExonération des revenus étrangers4 ans seulementAutoriséeRevenus de source britannique ; fin du non-dom le 6 avril 2025
PortugalAncien NHR fermé fin 2023 ; IFICI limité aux profils qualifiés10 ansRequiseRégime général

La Suisse est le seul de ces régimes sans limite de durée, et le seul qui n'impose pas de montant fixe. C'est aussi le seul qui interdit toute activité locale. Pour une comparaison détaillée, voir notre comparatif forfait italien / forfait suisse et le panorama des forfaits en Europe.

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Le calendrier d'une installation réussie

Le régime peut techniquement être demandé jusqu'au dépôt de la première déclaration suisse, l'année suivant l'arrivée. En pratique, il se sécurise avant le déménagement, par un ruling de l'administration cantonale, valable trois à cinq ans, qui confirme l'éligibilité et fixe la base. Voici l'ordre des opérations que le cabinet applique.

Calendrier d'une installation en Suisse au forfait, de six mois avant le départ à la première annéeSept étapes dans l'ordre : audit et chiffrage à six mois, restructuration à cinq mois, demande de ruling à quatre mois, titre de séjour et logement à trois mois, formalités françaises à un mois, arrivée avec annonce à la commune et assurance maladie, puis budget annuel et calcul de contrôle. L'ORDRE DES OPÉRATIONS Le forfait se sécurise avant le déménagement, pas après EN SUISSE DEPUIS LA FRANCE J − 6 mois Audit d'éligibilité et chiffrage sur cinq ans J − 5 Restructuration préalable J − 4 Demande de ruling J − 3 Titre de séjour et logement J − 1 Formalités françaises Arrivée Annonce, LAMal, première déclaration Puis chaque année Budget de train de vie, calcul de contrôle LE RULING FIXE L'ÉLIGIBILITÉ ET LA BASE Ruling cantonal valable trois à cinq ans · exit tax : formulaire 2074-ETD, sursis sur demande et garanties avant le départ · © Bensaid Avocats
Frise : sept étapes, du chiffrage à six mois du départ jusqu'au budget annuel. Le ruling précède le permis, et la cession précède le transfert de domicile.
  1. J − 6 mois : audit d'éligibilité et chiffrage sur cinq ans. Nationalités de tous les membres du foyer, historique de résidence, activités en cours, structure du patrimoine, revenus de source française. Comparaison forfait / imposition ordinaire.
  2. J − 5 mois : restructuration préalable. Cession ou réorganisation des participations françaises avant le départ, traitement des trusts et sociétés patrimoniales, contrats de capitalisation, choix du canton. C'est là que la valeur se crée ou se perd : une plus-value réalisée trop tôt ou trop tard change tout.
  3. J − 4 mois : demande de ruling. Budget de train de vie documenté, description des activités, engagement de non-activité en Suisse. Négociation de la base et de la durée.
  4. J − 3 mois : titre de séjour et logement. Permis B sans activité (UE/AELE) ou dossier « intérêt fiscal » (États tiers). Bail ou acquisition, en gardant à l'esprit que le loyer fixe l'assiette.
  5. J − 1 mois : formalités françaises. Déclaration 2074-ETD d'exit tax et demande de sursis avec garanties, transfert du foyer (école, comptes, mandats), mise à jour de l'IFI.
  6. Arrivée et trois mois suivants. Annonce à la commune, affiliation à l'assurance-maladie dans les trois mois, première déclaration suisse au forfait, puis tenue annuelle du budget de train de vie et vérification du calcul de contrôle.
Sources et références : ce qui a été lu pour écrire cette page
  • Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD, RS 642.11), art. 14 et 205d, état au 1er janvier 2026 ; loi fédérale sur l'harmonisation des impôts directs (LHID, RS 642.14), art. 6 ; ordonnance du 20 février 2013 sur l'imposition d'après la dépense (RS 642.123) ; circulaire AFC n° 44 du 24 juillet 2018 ; loi fédérale du 28 septembre 2012 (RO 2013 779).
  • Ordonnance du DFF du 10 septembre 2025 sur la progression à froid (RO 2025 579, art. 3 : CHF 435 000 pour 2026) ; ordonnance du 11 septembre 2026 (RO 2026 486 : CHF 437 000 dès 2027).
  • Loi fédérale du 20 juin 2025 sur l'imposition individuelle (FF 2025 2033) et message du Conseil fédéral (FF 2024 589, ch. 6.2.7) ; résultats des votations des 30 novembre 2014 (objet fédéral et initiative genevoise IN 149) et 8 mars 2026 ; communiqué du Conseil fédéral du 19 août 2026 fixant l'entrée en vigueur au 1er janvier 2032 ; notice du canton d'Uri sur l'imposition d'après la dépense valable dès le 1er janvier 2026.
  • Administration fiscale cantonale de Genève, indexation des montants de l'imposition d'après la dépense (ICC 2026 : CHF 426 357) ; loi vaudoise sur les impôts directs cantonaux, art. 15 ; loi fiscale valaisanne, art. 11, et ordonnance sur l'imposition d'après la dépense, art. 1 ; lois fiscales de Zoug (§ 14), Schwyz (§ 15a), Lucerne (§ 21), Berne, Fribourg (art. 14 LICD), Tessin (art. 13 LT), Grisons (art. 15), Neuchâtel (art. 17 LCdir), état 2026 ; barèmes genevois 2025 (impôt de base, centimes 2026) et barème IFD 2026.
  • Département fédéral des finances, page « Imposition d'après la dépense » ; Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances, communiqué du 2 juin 2017 ; communiqué du 7 juin 2019 (4 557 contribuables, CHF 821 millions en 2018) ; enquête de Blick auprès des cantons, 24 août 2026 ; 20 minutes, 4 septembre 2026 (Valais).
  • Convention franco-suisse du 9 septembre 1966, art. 4 § 6 b ; BOI-INT-CVB-CHE-10-10 ; instruction 13 A-2-12 du 7 septembre 2012.
  • Conseil d'État, 25 juin 2021, n° 442790 ; Conseil d'État, 18 septembre 2023, n° 469789.
  • Code général des impôts, art. 4 B, 167 bis, 244 bis B, 750 ter, 784 A. Dénonciation de la convention successorale franco-suisse de 1953 avec effet au 1er janvier 2015.
  • Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (article 167 bis inchangé).

Rien de cela n'est compliqué pris isolément. Ce qui l'est, c'est l'ordre. Un permis obtenu avant le ruling, une cession signée après le transfert de domicile, un conjoint qui garde un emploi en Suisse : chaque inversion coûte cher.

— Calculateur

Quelle serait votre base de dépense ?

Choisissez un canton, indiquez votre loyer, votre train de vie mondial et vos éléments de source suisse : le calculateur applique la règle du plus élevé des quatre planchers et vous dit lequel commande votre assiette. Il donne une base, pas un impôt : les barèmes dépendent de la commune.

Constantes 2026 : minimum fédéral CHF 435 000 (art. 14 al. 3 LIFD indexé), planchers cantonaux des lois et indexations cantonales, multiples de 7 (loyer) et 3 (pension). Le calcul de contrôle réel compare des impôts, non des bases ; il est ici approché par le montant des éléments suisses. La pratique « États tiers » n'est pas modélisée. Aucune donnée saisie n'est transmise.

— Là où tout a commencé

Le Léman des rentiers, hier et aujourd'hui

Illustration éditoriale : une terrasse au bord du Léman, balustrade en fer forgé, registre relié et stylo posés sur la rambarde, bateau à vapeur sur le lac et Alpes en arrière-plan, dans le style d'une gravure du XIXe siècle.
Le régime est né au XIXe siècle pour les rentiers étrangers du Léman, imposés sur ce qu'ils dépensaient sur place. Illustration © Bensaid Avocats.
— La méthode du cabinet

Un cabinet des deux côtés de la frontière

Le cabinet accompagne des familles françaises et internationales dans leur installation en Suisse depuis ses bureaux de Paris et de Genève : audit d'éligibilité, négociation du ruling avec l'administration cantonale, articulation avec l'exit tax et la résidence fiscale française, structuration patrimoniale et successorale au regard de la convention de 1966.

Le premier échange sert à répondre à trois questions : le forfait est-il adapté à votre situation, dans quel canton, et à quel coût sur cinq ans par rapport à l'imposition ordinaire. La réponse est souvent différente de celle que l'on attendait.

Le forfait suisse est un excellent régime pour la mauvaise personne : celle qui a tout coupé avec la France. Pour les autres, l'imposition ordinaire dans le bon canton protège souvent mieux, parce qu'elle rouvre la convention.
— Jonathan Bensaid, avocat aux barreaux de Paris et de Genève
— Questions fréquentes

Peut-on demander le forfait dans n'importe quel canton ?

Non. Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures l'ont supprimé au niveau cantonal. Les 21 autres cantons l'appliquent, avec des planchers et des pratiques très différents : de CHF 250 000 en Valais à CHF 647 100 à Lucerne pour un ressortissant européen.

Un Français peut-il bénéficier du forfait suisse ?

Oui, s'il n'a pas la nationalité suisse, s'installe pour la première fois (ou après dix ans d'absence) et n'exerce aucune activité lucrative en Suisse. En revanche, la France ne le considère pas comme résident conventionnel : ses liens résiduels avec la France (foyer, activité, centre des intérêts économiques) doivent être examinés de près avant le départ.

Le forfait majoré permet-il encore d'obtenir la protection de la convention franco-suisse ?

Non, depuis les revenus de 2013. L'instruction du 7 septembre 2012 a mis fin à la tolérance, et le Conseil d'État l'a confirmé le 18 septembre 2023 (n° 469789). Seule l'imposition ordinaire en Suisse ouvre la convention.

Puis-je continuer à gérer ma société française depuis la Suisse ?

Une gestion active est une activité lucrative, interdite au forfait, et un indice de domiciliation en France au sens de l'article 4 B du CGI. Un mandat passif, non exécutif, exercé et documenté hors de Suisse, est compatible. Le cas doit être décrit dans la demande de ruling.

Mon conjoint travaille à Genève : puis-je être au forfait seul ?

Pas aujourd'hui : l'imposition commune ferme le régime aux deux époux. Ce sera possible après l'entrée en vigueur de l'imposition individuelle acceptée en votation le 8 mars 2026, soit le 1er janvier 2032 (date fixée par le Conseil fédéral le 19 août 2026), mais avec un minimum appliqué par personne selon le message du Conseil fédéral.

Que se passe-t-il si mes dépenses réelles dépassent la base convenue ?

La base retenue est le plus élevé des quatre planchers, chaque année. Si votre train de vie dépasse le montant du ruling, c'est le train de vie réel qui s'applique. D'où l'intérêt de documenter un budget sincère dès le départ.

Le forfait protège-t-il mes héritiers ?

Non. Sans convention successorale depuis 2015, un héritier résident de France depuis six ans sur les dix dernières années est taxé en France sur l'ensemble de ce qu'il reçoit, biens suisses compris (art. 750 ter CGI), sous réserve de l'imputation de l'impôt suisse. La transmission se prépare indépendamment du régime d'imposition du défunt.

Quelle différence entre le forfait suisse et le forfait italien ?

L'Italie facture un montant fixe (EUR 300 000) pendant quinze ans et autorise le travail sur place. La Suisse impose un montant variable, sans limite de durée, et interdit toute activité locale. Pour un patrimoine très important, la Suisse est généralement moins chère ; pour un entrepreneur encore actif, l'Italie est souvent la seule option.

Cité par

Le forfait est-il fait pour vous ?

Un premier échange confidentiel permet de dire si l'imposition d'après la dépense est adaptée à votre situation, dans quel canton, et à quel coût sur cinq ans par rapport à l'imposition ordinaire, en tenant compte de ce que la France continuera d'imposer.