Recodification — TVA

À compter du 1er janvier 2027, les dispositions du CGI relatives à la TVA basculent vers le Code des impositions sur les biens et services (CIBS), Livre II (ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025, date reportée par l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026). Il s'agit d'une recodification à droit constant : la règle de fond reste identique, seule la numérotation évolue. Les références actuelles au CGI demeurent juridiquement valables jusqu'au 30 juin 2028 (période de transition, ordonnance n° 2025-1247, art. 46, II).

TVA immobilière, livraison à soi-même

La livraison à soi-même (LASM) en TVA immobilière : quand faut-il encore se vendre à soi-même ?

La livraison à soi-même consiste à soumettre à la TVA une opération qu'un assujetti réalise pour lui-même, sans vente à un tiers : l'assujetti déclare la taxe comme s'il s'était livré l'immeuble ou les travaux. Depuis la loi de simplification du 20 décembre 2014, la plupart des LASM ont disparu pour les assujettis qui déduisent intégralement la TVA. Le mécanisme demeure toutefois exigé dans deux situations principales : l'immeuble neuf construit par un assujetti qui ne récupère pas intégralement la taxe (2° du 1 du II de l'article 257 du CGI), la doctrine administrative le dispensant de liquider la taxe lorsque l'immeuble est vendu dans les deux ans de son achèvement, et les travaux dans le secteur du logement social, où la LASM permet l'application du taux réduit. La taxe se calcule sur le prix de revient et ouvre un droit à déduction corrélatif, total ou partiel. Le cabinet identifie les LASM exigées, chiffre la taxe et sécurise la liquidation dans les délais.

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— En bref
Mécanisme
Taxation d'une opération que l'assujetti réalise pour lui-même, sans cession à un tiers (article 257, II du CGI)
Cas maintenus
Immeuble neuf construit par un assujetti ne déduisant pas intégralement la TVA, avec dispense de liquidation en cas de vente dans les deux ans de l'achèvement ; travaux dans le logement social
Base
Prix de revient total de l'immeuble ou coût des travaux (article 266, 2-a du CGI)
Liquidation
Déclaration de la taxe au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant l'achèvement (article 270, II du CGI), délai prorogeable sur demande motivée (article 245 de l'annexe II au CGI)
Déduction
TVA de LASM déductible dans les conditions de droit commun, selon le coefficient de déduction de l'assujetti
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Un correctif de neutralité devenu résiduel, mais toujours sanctionné

La livraison à soi-même n'est pas une curiosité : c'est un correctif de neutralité. Lorsqu'un assujetti construit un immeuble ou fait réaliser des travaux pour ses propres besoins, il échappe à la TVA qu'il aurait supportée en achetant le même bien auprès d'un tiers. Pour éviter que l'autoproduction ne procure un avantage fiscal aux assujettis qui ne déduisent pas intégralement la taxe, l'article 257, II du CGI assimile certaines affectations de biens à des livraisons effectuées à titre onéreux : l'assujetti déclare alors la TVA comme s'il s'était vendu le bien à lui-même.

La réforme s'est faite en deux temps. La loi de finances rectificative du 9 mars 2010 a d'abord fait entrer les livraisons d'immeubles dans le droit commun de la TVA, en rendant taxable toute livraison d'un immeuble neuf par un assujetti agissant en tant que tel, la vente d'un immeuble neuf étant déjà taxée sous l'empire de l'ancien article 257, 7° du CGI ; elle a dans le même temps institué, au a du 1° du 3 du I de l'article 257 du CGI, une livraison à soi-même des immeubles neufs non vendus dans les deux ans de leur achèvement. L'article 32 de la loi n° 2014-1545 du 20 décembre 2014 relative à la simplification de la vie des entreprises a ensuite supprimé cette livraison à soi-même résiduelle et, plus largement, réduit le champ du mécanisme à la suite des critiques tirées du droit de l'Union européenne : les LASM purement neutres, celles dans lesquelles l'assujetti aurait de toute façon déduit intégralement la taxe, ont disparu, car déclarer une taxe pour la déduire intégralement le même mois n'avait plus de justification. Ce qui subsiste aujourd'hui pour les immeubles neufs est la LASM du 2° du 1 du II de l'article 257 du CGI, due par l'assujetti constructeur qui ne peut pas déduire intégralement la TVA afférente à l'immeuble ; la doctrine administrative le dispense de liquider cette taxe lorsque l'immeuble est vendu dans les deux ans de son achèvement (BOI-TVA-IMM-10-10-20, § 180).

Le mécanisme conserve donc deux terrains d'élection. D'une part, les déducteurs partiels ou non déducteurs qui construisent : banques, assurances, professions exonérées, organismes sans but lucratif, bailleurs exonérés. D'autre part, le secteur du logement social, où la LASM de travaux joue un rôle inverse : elle permet aux bailleurs sociaux de soumettre certains travaux au taux réduit prévu par les articles 278 sexies et 278 sexies A du CGI, alors que les prestataires auraient facturé un taux supérieur.

Le cabinet privilégie un nombre limité d'interventions afin de garantir l'implication directe des associés sur chaque dossier, et évalue systématiquement la pertinence d'une intervention avant tout engagement.

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Le mécanisme de la LASM, point par point

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Les cas dans lesquels la LASM demeure exigée

Depuis la loi de simplification du 20 décembre 2014, la LASM d'immeubles ne concerne plus que les assujettis dont la situation ne permet pas une déduction totale.

  • Immeuble neuf construit sans droit à déduction complète : l'assujetti qui a construit ou fait construire un immeuble neuf doit constater une LASM lorsqu'il n'aurait pas pu déduire intégralement la taxe s'il avait acquis l'immeuble auprès d'un autre assujetti (2° du 1 du II de l'article 257 du CGI) ; la dispense de liquidation en cas de vente dans les deux ans de l'achèvement résulte de la doctrine administrative (BOI-TVA-IMM-10-10-20, § 180), le fait générateur restant acquis à l'achèvement
  • Affectation aux besoins de l'entreprise : la production d'un bien affecté aux besoins de l'entreprise reste taxable lorsque l'acquisition de ce bien auprès d'un tiers n'ouvrirait pas droit à déduction complète
  • Travaux dans le logement social : la LASM de certains travaux portant sur des logements locatifs sociaux demeure, non comme charge, mais comme vecteur du taux réduit prévu par les articles 278 sexies et 278 sexies A du CGI (1° du 3 du I de l'article 257 du CGI)
  • Suppressions de 2014 : l'article 32 de la loi du 20 décembre 2014 a supprimé la LASM résiduelle des immeubles neufs non vendus dans les deux ans, que la loi de finances rectificative du 9 mars 2010 avait instituée au a du 1° du 3 du I de l'article 257 du CGI, ainsi que la LASM des biens affectés aux besoins de l'entreprise ouvrant droit à déduction complète
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Base d'imposition : le prix de revient total

La LASM ne se calcule pas sur une valeur de marché mais sur le coût complet de l'immeuble pour l'assujetti (article 266, 2-a du CGI).

  • La base d'imposition est constituée par le prix de revient total de l'immeuble, y compris, en principe, le coût du terrain
  • Entrent notamment dans le prix de revient : études, travaux de construction, honoraires des architectes et bureaux d'études, et frais se rattachant directement à la construction
  • Pour les LASM de travaux, la base correspond au coût des travaux réalisés, fournitures et prestations comprises
  • La reconstitution du prix de revient suppose une comptabilité analytique de l'opération : c'est le premier point vérifié en cas de contrôle
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Fait générateur, liquidation et déduction corrélative

La LASM obéit à un calendrier propre, articulé sur l'achèvement de l'immeuble, et débouche sur une déduction dont l'étendue dépend du coefficient de l'assujetti.

  • Pour les immeubles neufs, le fait générateur intervient au moment où le dépôt en mairie de la déclaration d'achèvement des travaux est exigé (article 269, 1-b du CGI)
  • La taxe peut être liquidée jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant celle de l'achèvement (article 270, II du CGI) ; une prorogation de ce délai peut être accordée par le directeur départemental ou régional des finances publiques, sur demande motivée par l'impossibilité d'établir la base taxable définitive avant son expiration (article 245 de l'annexe II au CGI)
  • Pour les livraisons à soi-même de logements mentionnées aux A et C du II de l'article 278 sexies du CGI, c'est-à-dire au paragraphe consacré au secteur du logement locatif social et non à celui de l'accession sociale à la propriété, qui est le III du même article, la taxe est liquidée au plus tard le dernier jour du sixième mois qui suit celui de l'achèvement, sans qu'aucune prorogation puisse être accordée par l'autorité administrative (article 270, II du CGI)
  • La TVA déclarée au titre de la LASM est déductible dans les conditions de droit commun : intégralement si l'immeuble est affecté à des opérations taxées, partiellement ou pas du tout dans le cas contraire
  • Pour un déducteur partiel, la fraction non déductible constitue un coût définitif ; la LASM sert en outre de point de départ à la période de régularisation de vingt ans applicable aux immeubles immobilisés
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LASM de travaux dans le logement social et risques du défaut de LASM

Dans le secteur social, la LASM est un outil de taux ; partout ailleurs, son omission expose à des rappels que la déduction corrélative ne neutralise pas toujours.

  • Les bailleurs sociaux constatent une LASM sur certains travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement ou d'entretien portant sur des logements locatifs sociaux, afin de les placer sous le taux réduit des articles 278 sexies et 278 sexies A du CGI
  • Le mécanisme aboutit à ramener la charge de TVA au taux réduit alors que les prestataires ont facturé leurs travaux à un taux supérieur, la différence étant restituée via le droit à déduction
  • Le défaut de constatation d'une LASM exigée expose à un rappel de la taxe, assorti de l'intérêt de retard ; lorsque la taxe omise était déductible, l'administration applique en principe l'amende proportionnelle de 5 % prévue à l'article 1788 A, 4 du CGI pour la taxe autoliquidée non déclarée
  • Le contrôle porte également sur la base retenue (exhaustivité du prix de revient) et sur le respect du délai de liquidation ; une LASM omise peut souvent être régularisée spontanément à moindre coût si elle est identifiée à temps
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Notre approche

Le cabinet intervient à chaque étape : qualification de l'opération (immeuble neuf, délai de deux ans, coefficient de déduction de l'assujetti) pour déterminer si une LASM est exigée, reconstitution du prix de revient servant de base d'imposition, liquidation de la taxe dans les délais et calcul de la déduction corrélative, mise en œuvre des LASM de travaux au taux réduit pour les acteurs du logement social, et régularisation spontanée des LASM omises. Le cabinet assiste également les assujettis lors des contrôles portant sur la base, le taux ou le calendrier de leurs livraisons à soi-même.

  • Livraison à soi-même
  • Article 257, II du CGI
  • Prix de revient
  • Taux réduit logement social
  • Loi de simplification de 2014
— FAQ

Livraison à soi-même : vos questions

Qu'est-ce qu'une livraison à soi-même en matière de TVA ?

C'est une opération par laquelle un assujetti est réputé se livrer à lui-même un bien qu'il a produit ou fait produire pour ses propres besoins, sans vente à un tiers. L'article 257, II du CGI assimile cette affectation à une livraison effectuée à titre onéreux : l'assujetti déclare la TVA sur le prix de revient du bien, puis la déduit dans les conditions de droit commun. L'objectif est la neutralité : l'autoproduction ne doit pas procurer d'avantage par rapport à l'achat auprès d'un tiers à un assujetti qui ne récupère pas intégralement la taxe.

Dans quels cas la LASM d'un immeuble neuf est-elle encore obligatoire ?

Depuis la loi n° 2014-1545 du 20 décembre 2014, la LASM d'un immeuble neuf n'est exigée que lorsque l'assujetti qui l'a construit n'aurait pas pu déduire intégralement la TVA s'il avait acquis l'immeuble auprès d'un autre assujetti (2° du 1 du II de l'article 257 du CGI). La doctrine administrative le dispense toutefois de liquider la taxe lorsque l'immeuble est vendu dans les deux ans de son achèvement (BOI-TVA-IMM-10-10-20, § 180), le fait générateur restant, lui, acquis à l'achèvement. Un promoteur pleinement déducteur n'a donc plus de LASM à constater, même s'il conserve un immeuble invendu au-delà de deux ans ; une banque, un assureur ou un bailleur exonéré qui construit son siège ou un immeuble locatif, si.

Qu'a changé la loi de simplification du 20 décembre 2014 ?

Il faut replacer cette loi dans une réforme faite en deux temps. La loi de finances rectificative du 9 mars 2010 avait fait entrer les livraisons d'immeubles dans le droit commun de la TVA, en rendant taxable toute livraison d'un immeuble neuf par un assujetti agissant en tant que tel, la vente d'un immeuble neuf étant déjà soumise à la TVA sous l'empire de l'ancien article 257, 7° du CGI ; elle avait dans le même temps institué, au a du 1° du 3 du I de l'article 257 du CGI, une livraison à soi-même des immeubles neufs non vendus dans les deux ans de leur achèvement. L'article 32 de la loi n° 2014-1545 du 20 décembre 2014 a supprimé cette livraison à soi-même résiduelle, ainsi que les autres livraisons à soi-même devenues inutiles, celles dans lesquelles la taxe déclarée était intégralement et immédiatement déductible, de sorte que l'opération était neutre en trésorerie comme en charge. A notamment disparu, à ce titre, la LASM des biens affectés aux besoins de l'entreprise ouvrant droit à déduction complète. Le mécanisme est ainsi devenu résiduel : il ne subsiste que là où il produit un effet réel, chez les déducteurs partiels et dans le secteur du logement social.

Sur quelle base la TVA de LASM est-elle calculée ?

Sur le prix de revient total de l'immeuble ou des travaux, et non sur une valeur vénale (article 266, 2-a du CGI). Le prix de revient comprend en principe le coût du terrain, les travaux de construction, les études et honoraires, ainsi que les frais se rattachant directement à l'opération. La reconstitution de cette base est un exercice comptable exigeant : une base incomplète expose à un rappel, une base surévaluée renchérit inutilement la fraction de taxe non déductible chez un déducteur partiel.

Quand la taxe doit-elle être déclarée et payée ?

Pour les immeubles neufs, le fait générateur intervient au moment où le dépôt en mairie de la déclaration d'achèvement des travaux est exigé (article 269, 1-b du CGI). La taxe peut ensuite être liquidée sur les déclarations de chiffre d'affaires jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant celle de l'achèvement (article 270, II du CGI), une prorogation pouvant être accordée par le directeur départemental ou régional des finances publiques sur demande motivée par l'impossibilité d'établir la base taxable définitive (article 245 de l'annexe II au CGI). Pour les livraisons à soi-même de logements mentionnées aux A et C du II de l'article 278 sexies, c'est-à-dire au paragraphe consacré au secteur du logement locatif social et non à celui de l'accession sociale à la propriété, qui est le III du même article, ce délai est ramené au dernier jour du sixième mois suivant celui de l'achèvement, sans qu'aucune prorogation puisse être accordée par l'autorité administrative (article 270, II du CGI). Le dépassement de ce délai constitue l'un des chefs de rappel les plus fréquents en la matière.

La TVA payée au titre de la LASM est-elle déductible ?

Oui, dans les conditions de droit commun. La taxe déclarée au titre de la LASM ouvre un droit à déduction corrélatif, déterminé par le coefficient de déduction de l'assujetti et l'affectation de l'immeuble : déduction intégrale si l'immeuble sert exclusivement à des opérations taxées, partielle ou nulle sinon. C'est précisément lorsque la déduction n'est pas totale que la LASM a un coût, la fraction non déductible restant définitivement à la charge de l'assujetti, et c'est la raison pour laquelle le mécanisme n'a été maintenu que dans ce cas.

Pourquoi les bailleurs sociaux constatent-ils des LASM de travaux ?

Parce que la LASM y fonctionne comme un outil de taux. Les entreprises de travaux facturent leurs prestations aux bailleurs sociaux au taux qui leur est propre ; la constatation d'une livraison à soi-même de travaux permet de placer l'opération sous le taux réduit prévu par les articles 278 sexies et 278 sexies A du CGI pour certains travaux portant sur des logements locatifs sociaux. Le bailleur déclare la taxe au taux réduit sur le coût des travaux et déduit la TVA facturée par les prestataires, la différence lui étant restituée. La LASM, ailleurs contrainte, est ici un avantage à ne pas omettre.

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