Retraités installés en Espagne
Retraite de base, complémentaire, pension de fonctionnaire : la convention ne les traite pas de la même façon.
La convention de 1995 dit quel État impose chaque revenu entre la France et l'Espagne, et comment la double imposition est évitée. Elle tranche des questions que se posent chaque année des milliers de retraités, de propriétaires et de salariés : où est imposée la retraite, qui taxe la maison de la Costa Brava, ce que vaut le régime espagnol des impatriés face à l'administration française.
La convention signée à Madrid le 10 octobre 1995, entrée en vigueur le 1er juillet 1997, fixe d'abord l'État de résidence (article 4), puis attribue à chaque État le droit d'imposer chaque catégorie de revenu et de fortune. Pour un résident de France, les revenus de source espagnole imposables en Espagne sont aussi compris dans la base de l'impôt français, qui accorde un crédit d'impôt (article 24).
Ce crédit prend deux formes. Pour les dividendes, intérêts, redevances, plus-values immobilières et de participations substantielles, jetons de présence, revenus d'artistes et de sportifs, il est égal à l'impôt payé en Espagne, dans la limite de l'impôt français correspondant. Pour les autres revenus (loyers, salaires, pensions publiques, bénéfices), il est égal à l'impôt français correspondant : le revenu n'est pas imposé une seconde fois en France. Les retraites privées, elles, ne sont imposables que dans l'État de résidence.
La résidence est le point le plus contesté. L'Espagne retient la personne qui séjourne plus de 183 jours dans l'année civile ou dont le noyau principal des activités ou des intérêts économiques s'y trouve ; la France retient le foyer ou le séjour principal, l'activité professionnelle non accessoire ou le centre des intérêts économiques. Si les deux États la revendiquent, l'article 4 départage dans l'ordre : foyer d'habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité. Un certificat de résidence espagnol n'écarte pas, à lui seul, la qualité de résident de France. Depuis le 16 février 2025, l'article 4 B du CGI écarte le domicile fiscal en France de la personne que la convention ne regarde pas comme résidente de France.
Convention fiscale France / Espagne du 10 octobre 1995, articles 4, 18 et 24, et protocole, texte publié sur impots.gouv.fr.
Les deux droits internes. La France retient le foyer, le lieu de séjour principal, l'activité principale et le centre des intérêts économiques (article 4 B du CGI). L'Espagne considère comme résident celui qui séjourne plus de 183 jours dans l'année civile sur son territoire, en comptant les absences sporadiques sauf preuve d'une résidence fiscale ailleurs, ou qui y a le noyau principal de ses activités ou intérêts économiques ; elle présume résident celui dont le conjoint non séparé et les enfants mineurs à charge résident en Espagne (loi 35/2006 sur l'IRPF, article 9). Les deux qualifications peuvent se cumuler, et c'est alors l'article 4 de la convention qui tranche.
Ce que juge le Conseil d'État. Le foyer d'habitation permanent est toute résidence dont le contribuable dispose de manière durable, et une maison mise durablement à sa disposition suffit (CE 21 octobre 2016, n° 392997, rendu sous une autre convention). Lorsque le contribuable a un foyer dans les deux pays, le centre des intérêts vitaux départage : il a été situé en France pour un contribuable dont la fille infirme à charge y demeurait et qui y tirait la majeure partie de ses ressources, alors même qu'il soutenait séjourner habituellement en Espagne (CE 21 décembre 1983, n° 27685).
Le régime des impatriés, dit régime Beckham. L'article 93 de la loi espagnole sur l'IRPF permet à une personne qui devient résidente d'Espagne par suite de son déplacement, sans y avoir résidé au cours des cinq périodes d'imposition précédentes, d'opter pour l'impôt sur le revenu des non-résidents pendant l'année du changement de résidence et les cinq suivantes, dans les cas et conditions que fixe le texte : contrat de travail, y compris le télétravail international, mandat d'administrateur sous conditions de détention, activité entrepreneuriale ou activité de profession hautement qualifiée. Les revenus du travail sont alors réputés de source espagnole et imposés à 24 % jusqu'à 600 000 euros et à 47 % au-delà ; les dividendes, intérêts et plus-values suivent un barème propre au régime, de 19 % à 30 % ; le contribuable n'est soumis à l'impôt espagnol sur la fortune que sur ses biens situés en Espagne. L'option se communique à l'administration espagnole sur le modèle 149, dans un délai bref suivant le début de l'activité.
Le risque conventionnel. L'article 4 de la convention exclut de la résidence la personne qui n'est assujettie à l'impôt dans un État que pour ses revenus de source locale. Le règlement espagnol de l'IRPF permet aux bénéficiaires du régime d'obtenir un certificat de résidence fiscale, mais ne prévoit un certificat de résidence au sens d'une convention que dans les cas fixés par le ministre, sous condition de réciprocité (article 120). Pour un contribuable qui garde des attaches en France, la protection du critère de départage est donc incertaine : si la France le considère encore domicilié au sens de l'article 4 B, il doit pouvoir démontrer sa résidence d'Espagne au sens de la convention. Le départ se prépare en conséquence.
Le litige franco-espagnol est d'abord un litige de résidence. Les décisions rendues sous les conventions de 1963 et de 1973 sont transposées à l'article 4 de la convention de 1995, dont le paragraphe 2 n'a pas été modifié sur ce point.
Ce que prévoit la convention (article 23). La fortune immobilière est imposable dans l'État de situation des biens, de même que les actions de sociétés dont l'actif est principalement constitué d'immeubles situés dans cet État ; une participation substantielle d'au moins 25 % dans une société est imposable dans l'État de la société ; les autres éléments ne sont imposables que dans l'État de résidence. Le résident de France imposable en Espagne sur une partie de sa fortune l'est aussi en France, sous déduction d'un crédit égal à l'impôt espagnol, plafonné à l'impôt français correspondant (article 24, paragraphe 1, b).
L'IFI est-il couvert ? La convention vise l'impôt de solidarité sur la fortune, remplacé en 2018 par l'impôt sur la fortune immobilière. Elle s'applique aux impôts de nature identique ou analogue (article 2, paragraphe 4), mais l'administration précise qu'une convention applicable à l'ISF ne l'est pas nécessairement à l'IFI et qu'un examen au cas par cas est nécessaire (BOI-PAT-IFI-10). Le crédit d'impôt pour la villa espagnole d'un résident de France se revendique donc sur le fondement de la convention, et se documente.
Côté espagnol. L'impôt sur la fortune frappe les résidents d'Espagne sur leur patrimoine mondial et les non-résidents sur leurs biens situés en Espagne, y compris les titres non cotés de sociétés dont l'actif est constitué pour 50 % au moins d'immeubles espagnols (loi 19/1991, article 5). À défaut de règle de la communauté autonome, le minimum exonéré est de 700 000 euros (article 28), et l'impôt est dû sur le patrimoine détenu au 31 décembre (article 29), quand l'IFI s'apprécie au 1er janvier. S'y ajoute l'impôt temporaire de solidarité des grandes fortunes, complémentaire de l'impôt sur la fortune, qui frappe les patrimoines nets supérieurs à 3 000 000 euros et a été prorogé tant que la fiscalité patrimoniale n'aura pas été revue (loi 38/2022, article 3, et décret-loi royal 8/2023).
Ressortissants espagnols installés en France (article 23, paragraphe 6). Une personne de nationalité espagnole sans la nationalité française qui devient résidente de France n'est pas imposée sur ses biens situés hors de France au titre des cinq années civiles suivant son installation ; l'avantage renaît après une absence d'au moins trois ans. Le droit interne prévoit déjà, pour l'IFI, une exclusion des actifs situés hors de France pendant cinq ans pour toute personne non domiciliée en France au cours des cinq années précédentes (article 964 du CGI) : si la clause conventionnelle est jugée applicable à l'IFI, elle pourrait servir au ressortissant espagnol qui revient en France après une absence de trois ou quatre ans seulement.
La convention de 1995 suit de près le modèle de l'OCDE, avec quelques choix nets : les retraites privées, sécurité sociale comprise, ne sont imposables que dans l'État de résidence, les pensions publiques suivant une règle propre ; les plus-values sur une participation de 25 % dans une société française restent imposables en France ; un article entier est consacré à l'impôt sur la fortune. Depuis 2023, la convention multilatérale de l'OCDE y ajoute une clause anti-abus générale et un délai de détention pour certains avantages.
Le texte pose peu de difficultés. Les litiges portent sur la résidence, que l'Espagne apprécie selon ses propres critères, sur le régime des impatriés espagnols, qui fait tomber le contribuable dans le champ de l'impôt des non-résidents, et sur la superposition des impôts sur la fortune des deux pays, qui ne frappent ni la même assiette, ni à la même date.
Retraite de base, complémentaire, pension de fonctionnaire : la convention ne les traite pas de la même façon.
Loyers, revenu forfaitaire espagnol, revente : l'Espagne impose, la France aussi, avec un crédit d'impôt.
Contrat local, détachement, régime des impatriés : la résidence et le lieu d'exercice décident de l'impôt.
Un régime dérogatoire subsiste pour les salariés qui habitent et travaillent dans les zones frontalières.
Biens et comptes restés en Espagne, IFI, clause propre aux ressortissants espagnols pendant cinq ans.
Dividendes, intérêts, cession de participations, sociétés à prépondérance immobilière.
En Espagne seulement, si vous y êtes résident au sens de la convention. L'article 18 réserve les pensions privées, sécurité sociale comprise, à l'État de résidence. Vous fournissez une attestation de résidence espagnole aux caisses françaises pour écarter la retenue à la source. Une pension de fonctionnaire suit une autre règle : elle reste imposée en France si vous êtes de nationalité française.
Aucun nombre de jours ne suffit à lui seul. L'Espagne vous considère comme résident au-delà de 183 jours par année civile ou si vos intérêts économiques principaux y sont situés ; la France continue de vous considérer comme domicilié si votre foyer, votre activité principale ou le centre de vos intérêts économiques y demeurent. Si les deux États vous revendiquent, l'article 4 de la convention départage selon le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux.
Pas automatiquement. Il réduit l'impôt espagnol, mais vous fait imposer en Espagne selon les règles des non-résidents. Or la convention exclut de la résidence la personne imposée seulement sur ses revenus de source locale, et le droit espagnol ne délivre un certificat de résidence au sens d'une convention que dans des cas limités. Si vous gardez un foyer ou des intérêts en France, l'administration française peut vous considérer comme toujours domicilié en France.
Oui. L'Espagne les impose, au taux de 19 % pour un résident de l'Union européenne, et la France les inclut dans votre revenu avec un crédit égal à l'impôt français correspondant : ils ne sont pas imposés une seconde fois à l'impôt sur le revenu, mais ils comptent pour le taux appliqué à vos autres revenus. Notre page résidence secondaire à l'étranger détaille les formulaires.
Non pour l'impôt sur le revenu. L'Espagne impose la plus-value à 19 %, l'acquéreur retenant 3 % du prix à titre d'acompte ; la France l'impose aussi, mais déduit l'impôt espagnol effectivement payé, dans la limite de l'impôt français correspondant. Les prélèvements sociaux français s'examinent à part, selon votre affiliation à un régime de sécurité sociale.
Oui si vous êtes résident de France : l'IFI porte sur votre patrimoine immobilier mondial. L'Espagne peut aussi imposer ce bien à son impôt sur la fortune, et la convention prévoit alors un crédit égal à l'impôt espagnol, plafonné à l'IFI correspondant. L'administration indiquant que l'application d'une convention à l'IFI s'examine au cas par cas, ce crédit se revendique et se justifie.
Non : les successions relèvent de la convention du 8 janvier 1963, qui partage les biens entre les deux États au lieu d'accorder un crédit d'impôt. Nous la détaillons sur notre page succession franco-espagnole.
L'atlas des conventions fiscales : texte, articles et avenants, avec le pays présélectionné.
Voir la page SuccessionLe tableau des conventions successorales de la France, pays par pays : territorialité, crédits d'impôt, holdings.
Voir la page GuideLa convention de 1963 : immeubles, comptes, titres et taux effectif.
Voir la page PôleLes obligations françaises des contribuables établis hors de France.
Voir la page GuideDéclarer les loyers, le compte et le bien d'un résident de France.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec votre asesor fiscal ou votre conseil espagnol.
© BENSAID Avocats, Les informations figurant sur ce site ne constituent pas un avis juridique. Sources : convention fiscale entre la France et l'Espagne du 10 octobre 1995 et son protocole, et sa version consolidée avec la convention multilatérale, publiées sur impots.gouv.fr ; pour le droit espagnol, textes consolidés au Boletín Oficial del Estado (loi 35/2006, règlement de l'IRPF, texte refondu de l'impôt des non-résidents, loi 19/1991, loi 38/2022).
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