Convention de Madrid du 10 octobre 1995 · en vigueur depuis le 1er juillet 1997

Convention fiscale France / Espagne : résidence, retraites, immobilier et fortune

La convention de 1995 dit quel État impose chaque revenu entre la France et l'Espagne, et comment la double imposition est évitée. Elle tranche des questions que se posent chaque année des milliers de retraités, de propriétaires et de salariés : où est imposée la retraite, qui taxe la maison de la Costa Brava, ce que vaut le régime espagnol des impatriés face à l'administration française.

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Comment la convention fiscale France / Espagne évite-t-elle la double imposition ?

La convention signée à Madrid le 10 octobre 1995, entrée en vigueur le 1er juillet 1997, fixe d'abord l'État de résidence (article 4), puis attribue à chaque État le droit d'imposer chaque catégorie de revenu et de fortune. Pour un résident de France, les revenus de source espagnole imposables en Espagne sont aussi compris dans la base de l'impôt français, qui accorde un crédit d'impôt (article 24).

Ce crédit prend deux formes. Pour les dividendes, intérêts, redevances, plus-values immobilières et de participations substantielles, jetons de présence, revenus d'artistes et de sportifs, il est égal à l'impôt payé en Espagne, dans la limite de l'impôt français correspondant. Pour les autres revenus (loyers, salaires, pensions publiques, bénéfices), il est égal à l'impôt français correspondant : le revenu n'est pas imposé une seconde fois en France. Les retraites privées, elles, ne sont imposables que dans l'État de résidence.

La résidence est le point le plus contesté. L'Espagne retient la personne qui séjourne plus de 183 jours dans l'année civile ou dont le noyau principal des activités ou des intérêts économiques s'y trouve ; la France retient le foyer ou le séjour principal, l'activité professionnelle non accessoire ou le centre des intérêts économiques. Si les deux États la revendiquent, l'article 4 départage dans l'ordre : foyer d'habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité. Un certificat de résidence espagnol n'écarte pas, à lui seul, la qualité de résident de France. Depuis le 16 février 2025, l'article 4 B du CGI écarte le domicile fiscal en France de la personne que la convention ne regarde pas comme résidente de France.

Convention fiscale France / Espagne du 10 octobre 1995, articles 4, 18 et 24, et protocole, texte publié sur impots.gouv.fr.

— En bref
Texte
Convention du 10 octobre 1995 et son protocole, en vigueur le 1er juillet 1997, modifiée par la convention multilatérale à compter de 2023
Impôts visés
Impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, taxe sur les salaires, impôt de solidarité sur la fortune ; IRPF, impôt sur les sociétés, Impuesto sobre el Patrimonio côté espagnol
Méthode
Crédit d'impôt, imputé sur l'impôt français
Point de vigilance
Le régime espagnol des impatriés peut priver de la qualité de résident d'Espagne au sens de la convention
— La convention, article par article

Les règles qui reviennent dans nos dossiers

  • Impôts couverts (article 2). Côté français, l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la taxe sur les salaires et l'impôt de solidarité sur la fortune ; côté espagnol, l'impôt sur le revenu des personnes physiques, l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur la fortune (Impuesto sobre el Patrimonio) et les impôts locaux sur le revenu et la fortune. La convention s'étend aux impôts de nature identique ou analogue établis après sa signature.
  • Résidence (article 4). Est résidente la personne assujettie à l'impôt dans un État en raison de son domicile, de sa résidence ou d'un critère analogue, mais pas celle qui n'y est assujettie que pour ses revenus de source locale. En cas de double résidence, la personne est rattachée, dans l'ordre, à l'État de son foyer d'habitation permanent, puis à celui de ses intérêts vitaux, de son séjour habituel et de sa nationalité ; à défaut, les deux administrations tranchent d'un commun accord.
  • Dividendes (article 10). L'État de la société distributrice peut prélever au plus 15 % du montant brut. Les dividendes dont le bénéficiaire effectif est une société soumise à l'impôt sur les sociétés qui détient au moins 10 % du capital, directement pour une société résidente de France, directement ou indirectement pour une société résidente d'Espagne, ne sont imposables que dans l'État de cette société ; depuis la convention multilatérale, la participation doit être détenue tout au long d'une période de 365 jours incluant le jour du paiement.
  • Intérêts et redevances (articles 11 et 12). Retenue plafonnée à 10 % pour les intérêts, avec des exonérations (intérêts publics, crédits entre entreprises dans le cadre d'une activité industrielle ou commerciale, ventes à crédit d'équipement, prêts d'établissements de crédit). Pour les redevances, plafond de 5 %, et imposition exclusive dans l'État du bénéficiaire pour les droits d'auteur sur une œuvre littéraire ou artistique, hors films et œuvres enregistrées.
  • Plus-values (article 13). Les gains immobiliers sont imposables dans l'État de situation de l'immeuble. Depuis la convention multilatérale, il en va de même des actions ou parts, y compris de sociétés de personnes ou de trusts, qui ont tiré directement ou indirectement plus de 50 % de leur valeur d'immeubles situés dans cet État à un moment quelconque des 365 jours précédant la cession. Une participation substantielle, d'au moins 25 % du capital ou des bénéfices détenue seul ou avec le conjoint, les ascendants et les descendants au cours des douze mois précédant la cession, est imposable dans l'État de la société, sauf report d'imposition dans l'État du cédant lors d'une restructuration. Les autres plus-values sur titres ne sont imposables que dans l'État de résidence du cédant.
  • Salaires (article 15). Imposables dans l'État où l'emploi est exercé, sauf mission temporaire réunissant trois conditions : séjour n'excédant pas 183 jours au total au cours de toute période de douze mois consécutifs, et non pas de l'année civile ; employeur non résident de l'État d'activité ; rémunération non supportée par un établissement stable ou une base fixe dans cet État.
  • Frontaliers (protocole, point 12). Le régime de la convention de 1973 est maintenu : le salarié qui justifie de la qualité de frontalier n'est imposable que dans son État de résidence. Le frontalier est celui qui conserve son domicile dans la zone frontalière d'un État, où il rentre en principe chaque jour, et travaille comme salarié dans la zone frontalière de l'autre ; les zones sont celles de l'accord complémentaire du 25 janvier 1961, complétées en 1964 et 1965, et une attestation est exigée depuis un échange de lettres du 19 février 1998. L'administration retient une lecture stricte : un résident de la zone française dont l'employeur est installé dans la zone espagnole, mais qui exerce tout ou partie de son activité hors de cette zone, n'est pas frontalier et relève de la règle générale (réponse ministérielle Poulou, AN 5 avril 2005, n° 49092).
  • Dirigeants (article 16 et protocole, point 13). Les jetons de présence d'un administrateur sont imposables dans l'État de la société. Les rémunérations d'un résident d'Espagne associé ou gérant d'une société française autre qu'une société anonyme, soumise à l'impôt sur les sociétés, sont imposables en France à ce titre.
  • Professeurs et chercheurs (article 20). Invités par une université ou un établissement officiellement reconnu de l'autre État, ils restent imposables dans leur État d'origine pendant deux ans au plus à compter de leur arrivée.
  • Échange de renseignements et recouvrement (articles 27 et 28). Les deux administrations échangent les renseignements utiles à l'application de la convention et de leur législation, et se prêtent assistance pour recouvrer leurs créances fiscales.
  • Clause anti-abus (convention multilatérale, article 7). Depuis 2023, un avantage de la convention est refusé s'il est raisonnable de conclure que son obtention était l'un des objets principaux d'un montage, à moins qu'il soit conforme à l'objet et au but des dispositions en cause.
— Résidence et régime des impatriés

Partir en Espagne ne suffit pas à cesser d'être résident de France

Les deux droits internes. La France retient le foyer, le lieu de séjour principal, l'activité principale et le centre des intérêts économiques (article 4 B du CGI). L'Espagne considère comme résident celui qui séjourne plus de 183 jours dans l'année civile sur son territoire, en comptant les absences sporadiques sauf preuve d'une résidence fiscale ailleurs, ou qui y a le noyau principal de ses activités ou intérêts économiques ; elle présume résident celui dont le conjoint non séparé et les enfants mineurs à charge résident en Espagne (loi 35/2006 sur l'IRPF, article 9). Les deux qualifications peuvent se cumuler, et c'est alors l'article 4 de la convention qui tranche.

Ce que juge le Conseil d'État. Le foyer d'habitation permanent est toute résidence dont le contribuable dispose de manière durable, et une maison mise durablement à sa disposition suffit (CE 21 octobre 2016, n° 392997, rendu sous une autre convention). Lorsque le contribuable a un foyer dans les deux pays, le centre des intérêts vitaux départage : il a été situé en France pour un contribuable dont la fille infirme à charge y demeurait et qui y tirait la majeure partie de ses ressources, alors même qu'il soutenait séjourner habituellement en Espagne (CE 21 décembre 1983, n° 27685).

Le régime des impatriés, dit régime Beckham. L'article 93 de la loi espagnole sur l'IRPF permet à une personne qui devient résidente d'Espagne par suite de son déplacement, sans y avoir résidé au cours des cinq périodes d'imposition précédentes, d'opter pour l'impôt sur le revenu des non-résidents pendant l'année du changement de résidence et les cinq suivantes, dans les cas et conditions que fixe le texte : contrat de travail, y compris le télétravail international, mandat d'administrateur sous conditions de détention, activité entrepreneuriale ou activité de profession hautement qualifiée. Les revenus du travail sont alors réputés de source espagnole et imposés à 24 % jusqu'à 600 000 euros et à 47 % au-delà ; les dividendes, intérêts et plus-values suivent un barème propre au régime, de 19 % à 30 % ; le contribuable n'est soumis à l'impôt espagnol sur la fortune que sur ses biens situés en Espagne. L'option se communique à l'administration espagnole sur le modèle 149, dans un délai bref suivant le début de l'activité.

Le risque conventionnel. L'article 4 de la convention exclut de la résidence la personne qui n'est assujettie à l'impôt dans un État que pour ses revenus de source locale. Le règlement espagnol de l'IRPF permet aux bénéficiaires du régime d'obtenir un certificat de résidence fiscale, mais ne prévoit un certificat de résidence au sens d'une convention que dans les cas fixés par le ministre, sous condition de réciprocité (article 120). Pour un contribuable qui garde des attaches en France, la protection du critère de départage est donc incertaine : si la France le considère encore domicilié au sens de l'article 4 B, il doit pouvoir démontrer sa résidence d'Espagne au sens de la convention. Le départ se prépare en conséquence.

— Devant le juge

Cinq décisions sur la résidence entre la France et l'Espagne

Le litige franco-espagnol est d'abord un litige de résidence. Les décisions rendues sous les conventions de 1963 et de 1973 sont transposées à l'article 4 de la convention de 1995, dont le paragraphe 2 n'a pas été modifié sur ce point.

  • Un foyer dans chaque pays : le centre des intérêts vitaux départage. Un contribuable qui avait un foyer en France et en Espagne est résident de France : sa fille infirme à charge y vivait et son activité lui procurait l'essentiel de ses ressources, alors même qu'il soutenait séjourner habituellement en Espagne (CE, 21 décembre 1983, n° 27685, rendu sous la convention de 1963).
  • Le centre des intérêts économiques. Le gérant d'une société espagnole de transport, titulaire d'un certificat de résidence espagnol, est résident de France : la société avait un établissement stable en France, où il exerçait son activité, et ses attaches personnelles et bancaires y étaient situées (CAA Bordeaux, 31 mars 2015, n° 13BX03353).
  • Un seul foyer durable. Une contribuable qui se disait résidente d'Espagne mais disposait durablement d'un logement à Riom n'avait qu'un foyer d'habitation permanent, en France : elle est résidente de France au sens de la convention (CAA Lyon, 17 novembre 2011, n° 10LY00783).
  • Pour invoquer la résidence espagnole, il faut y être imposé. Un couple dont le foyer familial est transféré à Madrid le 1er septembre 2011 reste résident de France jusqu'à cette date et ne peut invoquer l'article 4 de la convention, faute d'établir ou même d'alléguer qu'il était imposé en Espagne comme résident ; ses salaires espagnols perçus à partir du 1er septembre sont déchargés (CAA Versailles, 31 août 2020, n° 18VE01624).
  • Départ à Barcelone et comptes bancaires. Pour 2015, des contribuables partis à Barcelone en 2014 sont résidents de France selon le droit interne mais résidents d'Espagne au sens de la convention ; l'amende de 1 500 euros pour un compte espagnol non déclaré est maintenue, la résidence conventionnelle étant sans incidence sur l'obligation de déclarer prévue par l'article 1649 A du CGI ; l'année en cause est antérieure à la modification de l'article 4 B du CGI en vigueur depuis le 16 février 2025, qui écarte désormais le domicile fiscal en France de la personne que la convention ne regarde pas comme résidente de France (CAA Paris, 20 octobre 2025, n° 24PA00075).
— Retraites privées et publiques

La règle tient en deux articles, et elle est favorable au retraité installé en Espagne

  • Pensions privées (article 18). Les pensions payées au titre d'un emploi antérieur ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire. Le texte ne distingue pas selon l'organisme payeur : les retraites de la sécurité sociale et des régimes complémentaires obligatoires y entrent, sous la seule réserve des pensions publiques de l'article 19. Pour un retraité installé en Espagne, la retraite de base et la complémentaire Agirc-Arrco sont donc imposées en Espagne seulement, et la retenue à la source française ne s'applique pas si l'attestation de résidence est fournie.
  • Pensions publiques (article 19, paragraphe 2). Versées par un État, une collectivité territoriale ou une personne morale de droit public au titre de services rendus, elles ne sont imposables que dans cet État, sauf si le bénéficiaire réside dans l'autre État et en possède la nationalité sans avoir celle de l'État payeur. Un fonctionnaire français retraité en Espagne reste imposé en France sur sa pension ; un retraité de nationalité espagnole seulement, ancien agent public français installé en Espagne, l'est en Espagne.
  • Activités commerciales publiques (article 19, paragraphe 3). Les pensions versées au titre d'une activité industrielle ou commerciale d'une personne publique suivent la règle des pensions privées.
  • Résident de France titulaire d'une retraite espagnole. La pension de la sécurité sociale espagnole ou d'un employeur privé espagnol n'est imposable qu'en France ; une pension publique espagnole n'est imposable qu'en Espagne, mais elle entre dans le revenu français avec un crédit égal à l'impôt français correspondant ; si son bénéficiaire a la nationalité française sans avoir la nationalité espagnole, elle n'est imposable qu'en France.
  • Formalité. Les réductions et exonérations prévues par la convention supposent la présentation d'une attestation de résidence certifiée par l'administration fiscale de l'État de résidence (article 30).
— Immobilier en Espagne : cas chiffrés

La résidence espagnole d'un résident de France est imposée dans les deux pays

  • En Espagne. Un non-résident propriétaire est soumis à l'impôt espagnol des non-résidents : sur les loyers, au taux de 19 % pour un résident de l'Union européenne, qui peut déduire les charges liées ; sur un logement non loué, sur un revenu forfaitaire égal à 2 % de la valeur cadastrale, ou 1,1 % si cette valeur a été révisée au cours des dix dernières années. En cas de vente, l'acquéreur retient 3 % du prix à titre d'acompte et la plus-value est imposée à 19 %.
  • En France, les loyers. Ils sont déclarés et ouvrent droit à un crédit égal à l'impôt français correspondant (article 24, paragraphe 1, a, i) : ils ne supportent pas d'impôt sur le revenu français, mais comptent pour le taux appliqué aux autres revenus. Exemple : 12 000 euros de loyers nets, imposés en Espagne à 19 %, soit 2 280 euros ; ils sont déclarés en France et neutralisés par le crédit. Nous détaillons les déclarations sur notre page résidence secondaire à l'étranger.
  • En France, le revenu forfaitaire espagnol. Il ne crée aucune double imposition : l'administration a répondu que l'impôt espagnol correspondant n'est pas déductible en France, où les logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas imposés (réponse ministérielle Mesmin, AN 20 février 1995, n° 20999, rendue sous la convention précédente).
  • En France, la plus-value. Elle est imposable en France selon le régime des plus-values immobilières, avec un crédit égal à l'impôt espagnol effectivement payé, dans la limite de l'impôt français correspondant (article 24, paragraphe 1, a, ii). Exemple : vente à 440 000 euros, après quatre ans, d'un bien acquis 400 000 euros, la plus-value retenue dans les deux pays étant de 40 000 euros. L'acquéreur retient 13 200 euros ; l'impôt espagnol de 19 % est de 7 600 euros, l'excédent de la retenue se récupérant par la déclaration espagnole. En France, l'impôt sur le revenu de 19 %, soit 7 600 euros sans abattement pour durée de détention avant la sixième année, est entièrement absorbé par le crédit. L'excédent éventuel d'impôt espagnol sur l'impôt français n'est ni reporté ni remboursé. Les prélèvements sociaux appellent une analyse distincte, au regard du champ de la convention et de l'affiliation du contribuable à un régime de sécurité sociale.
  • Sociétés à prépondérance immobilière. Une société, même étrangère, dont la valeur provient pour plus de 50 % d'immeubles espagnols ne fait pas échapper la plus-value à l'Espagne (article 13 modifié par la convention multilatérale).
— Fortune : IFI et impôts espagnols

Deux impôts sur la fortune qui ne se ressemblent pas

Ce que prévoit la convention (article 23). La fortune immobilière est imposable dans l'État de situation des biens, de même que les actions de sociétés dont l'actif est principalement constitué d'immeubles situés dans cet État ; une participation substantielle d'au moins 25 % dans une société est imposable dans l'État de la société ; les autres éléments ne sont imposables que dans l'État de résidence. Le résident de France imposable en Espagne sur une partie de sa fortune l'est aussi en France, sous déduction d'un crédit égal à l'impôt espagnol, plafonné à l'impôt français correspondant (article 24, paragraphe 1, b).

L'IFI est-il couvert ? La convention vise l'impôt de solidarité sur la fortune, remplacé en 2018 par l'impôt sur la fortune immobilière. Elle s'applique aux impôts de nature identique ou analogue (article 2, paragraphe 4), mais l'administration précise qu'une convention applicable à l'ISF ne l'est pas nécessairement à l'IFI et qu'un examen au cas par cas est nécessaire (BOI-PAT-IFI-10). Le crédit d'impôt pour la villa espagnole d'un résident de France se revendique donc sur le fondement de la convention, et se documente.

Côté espagnol. L'impôt sur la fortune frappe les résidents d'Espagne sur leur patrimoine mondial et les non-résidents sur leurs biens situés en Espagne, y compris les titres non cotés de sociétés dont l'actif est constitué pour 50 % au moins d'immeubles espagnols (loi 19/1991, article 5). À défaut de règle de la communauté autonome, le minimum exonéré est de 700 000 euros (article 28), et l'impôt est dû sur le patrimoine détenu au 31 décembre (article 29), quand l'IFI s'apprécie au 1er janvier. S'y ajoute l'impôt temporaire de solidarité des grandes fortunes, complémentaire de l'impôt sur la fortune, qui frappe les patrimoines nets supérieurs à 3 000 000 euros et a été prorogé tant que la fiscalité patrimoniale n'aura pas été revue (loi 38/2022, article 3, et décret-loi royal 8/2023).

Ressortissants espagnols installés en France (article 23, paragraphe 6). Une personne de nationalité espagnole sans la nationalité française qui devient résidente de France n'est pas imposée sur ses biens situés hors de France au titre des cinq années civiles suivant son installation ; l'avantage renaît après une absence d'au moins trois ans. Le droit interne prévoit déjà, pour l'IFI, une exclusion des actifs situés hors de France pendant cinq ans pour toute personne non domiciliée en France au cours des cinq années précédentes (article 964 du CGI) : si la clause conventionnelle est jugée applicable à l'IFI, elle pourrait servir au ressortissant espagnol qui revient en France après une absence de trois ou quatre ans seulement.

— Crédit d'impôt et procédure amiable

Ce que la déclaration d'un résident de France doit faire apparaître

  • Deux calculs distincts. Crédit égal à l'impôt espagnol effectivement supporté à titre définitif, plafonné à l'impôt français, pour les dividendes, intérêts, redevances, plus-values des paragraphes 1 et 2 de l'article 13, salaires du personnel navigant, jetons de présence et revenus d'artistes et sportifs ; crédit égal à l'impôt français pour tous les autres revenus.
  • L'impôt français correspondant. Lorsque l'impôt est calculé selon un barème progressif, il s'obtient en appliquant au revenu de source espagnole le taux moyen résultant de l'impôt effectivement dû sur le revenu net global (protocole, point 14).
  • Pas de restitution. Le crédit s'impute sur l'impôt dû en France et ne peut donner lieu à une restitution directe (TA Strasbourg, 9 mars 1999, n° 95-555, rendu sous la convention précédente).
  • Salaires d'Espagne. Depuis 1998, un salaire de source espagnole perçu par un résident de France est imposable dans les deux États, avec un crédit égal à l'impôt français, et non plus exonéré sous réserve du taux effectif comme sous la convention de 1973.
  • Procédure amiable (article 26). Le contribuable qui subit une imposition non conforme saisit l'autorité compétente de son État de résidence dans les trois ans qui suivent la première notification de la mesure en cause. Depuis la convention multilatérale, si les deux administrations ne s'accordent pas dans un délai de trois ans, les questions non résolues sont soumises à l'arbitrage à la demande écrite du contribuable, pour les cas soumis à compter du 1er juillet 2022.
— Ce qu'il faut comprendre

Le texte est clair, les litiges portent sur la résidence

La convention de 1995 suit de près le modèle de l'OCDE, avec quelques choix nets : les retraites privées, sécurité sociale comprise, ne sont imposables que dans l'État de résidence, les pensions publiques suivant une règle propre ; les plus-values sur une participation de 25 % dans une société française restent imposables en France ; un article entier est consacré à l'impôt sur la fortune. Depuis 2023, la convention multilatérale de l'OCDE y ajoute une clause anti-abus générale et un délai de détention pour certains avantages.

Le texte pose peu de difficultés. Les litiges portent sur la résidence, que l'Espagne apprécie selon ses propres critères, sur le régime des impatriés espagnols, qui fait tomber le contribuable dans le champ de l'impôt des non-résidents, et sur la superposition des impôts sur la fortune des deux pays, qui ne frappent ni la même assiette, ni à la même date.

— Qui est concerné

Six situations où la convention change le résultat

Retraités installés en Espagne

Retraite de base, complémentaire, pension de fonctionnaire : la convention ne les traite pas de la même façon.

Propriétaires d'une résidence en Espagne

Loyers, revenu forfaitaire espagnol, revente : l'Espagne impose, la France aussi, avec un crédit d'impôt.

Cadres et dirigeants partis à Madrid ou Barcelone

Contrat local, détachement, régime des impatriés : la résidence et le lieu d'exercice décident de l'impôt.

Frontaliers des Pyrénées

Un régime dérogatoire subsiste pour les salariés qui habitent et travaillent dans les zones frontalières.

Espagnols installés en France

Biens et comptes restés en Espagne, IFI, clause propre aux ressortissants espagnols pendant cinq ans.

Actionnaires et investisseurs

Dividendes, intérêts, cession de participations, sociétés à prépondérance immobilière.

— Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande sur la convention France / Espagne

Je prends ma retraite en Espagne : où ma retraite de base et mon Agirc-Arrco sont-elles imposées ?

En Espagne seulement, si vous y êtes résident au sens de la convention. L'article 18 réserve les pensions privées, sécurité sociale comprise, à l'État de résidence. Vous fournissez une attestation de résidence espagnole aux caisses françaises pour écarter la retenue à la source. Une pension de fonctionnaire suit une autre règle : elle reste imposée en France si vous êtes de nationalité française.

Combien de jours faut-il passer en Espagne pour ne plus être résident fiscal français ?

Aucun nombre de jours ne suffit à lui seul. L'Espagne vous considère comme résident au-delà de 183 jours par année civile ou si vos intérêts économiques principaux y sont situés ; la France continue de vous considérer comme domicilié si votre foyer, votre activité principale ou le centre de vos intérêts économiques y demeurent. Si les deux États vous revendiquent, l'article 4 de la convention départage selon le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux.

Le régime Beckham me met-il à l'abri de l'impôt français ?

Pas automatiquement. Il réduit l'impôt espagnol, mais vous fait imposer en Espagne selon les règles des non-résidents. Or la convention exclut de la résidence la personne imposée seulement sur ses revenus de source locale, et le droit espagnol ne délivre un certificat de résidence au sens d'une convention que dans des cas limités. Si vous gardez un foyer ou des intérêts en France, l'administration française peut vous considérer comme toujours domicilié en France.

Je suis résident de France et je loue ma maison en Espagne : dois-je déclarer les loyers en France ?

Oui. L'Espagne les impose, au taux de 19 % pour un résident de l'Union européenne, et la France les inclut dans votre revenu avec un crédit égal à l'impôt français correspondant : ils ne sont pas imposés une seconde fois à l'impôt sur le revenu, mais ils comptent pour le taux appliqué à vos autres revenus. Notre page résidence secondaire à l'étranger détaille les formulaires.

Je vends mon appartement en Espagne : vais-je payer deux fois ?

Non pour l'impôt sur le revenu. L'Espagne impose la plus-value à 19 %, l'acquéreur retenant 3 % du prix à titre d'acompte ; la France l'impose aussi, mais déduit l'impôt espagnol effectivement payé, dans la limite de l'impôt français correspondant. Les prélèvements sociaux français s'examinent à part, selon votre affiliation à un régime de sécurité sociale.

Ma maison en Espagne entre-t-elle dans mon IFI ?

Oui si vous êtes résident de France : l'IFI porte sur votre patrimoine immobilier mondial. L'Espagne peut aussi imposer ce bien à son impôt sur la fortune, et la convention prévoit alors un crédit égal à l'impôt espagnol, plafonné à l'IFI correspondant. L'administration indiquant que l'application d'une convention à l'IFI s'examine au cas par cas, ce crédit se revendique et se justifie.

La convention couvre-t-elle les successions ?

Non : les successions relèvent de la convention du 8 janvier 1963, qui partage les biens entre les deux États au lieu d'accorder un crédit d'impôt. Nous la détaillons sur notre page succession franco-espagnole.

Cité par

Une situation entre la France et l'Espagne à sécuriser ?

Premier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec votre asesor fiscal ou votre conseil espagnol.