Résidents de France propriétaires en Espagne
Maison sur la Costa Brava ou en Andalousie, appartement à Madrid : l'immeuble relève de l'Espagne seule.
Entre la France et l'Espagne, une convention de 1963 répartit les biens de la succession entre les deux États au lieu de faire jouer un crédit d'impôt. La maison en Espagne n'est taxée qu'en Espagne, l'appartement à Paris qu'en France, les comptes et les titres dans le seul État de résidence du défunt. Les donations, elles, restent hors de son champ.
La convention du 8 janvier 1963, dont les dispositions successorales (articles 29 à 38) et communes restent en vigueur, s'applique aux successions des personnes résidentes de France ou d'Espagne au moment de leur décès. Elle répartit les biens en deux masses : les immeubles ne sont taxés que dans l'État où ils sont situés, les meubles corporels que là où ils se trouvent au décès, les biens d'une entreprise que dans l'État de son établissement stable, et les biens incorporels, valeurs mobilières, créances et comptes bancaires, que dans l'État de résidence du défunt (articles 30 à 34).
Il n'y a donc pas de crédit d'impôt à calculer : chaque État taxe sa masse, mais peut appliquer le taux qui résulterait de l'ensemble des biens qu'il pourrait taxer selon son droit interne (article 36). La convention ne s'applique pas aux donations entre vifs.
Convention France / Espagne du 8 janvier 1963, articles 29 à 36, texte publié sur impots.gouv.fr ; BOI-INT-CVB-ESP-20 du 28 novembre 2024.
L'article 36 permet à chaque État de calculer l'impôt sur les biens qui lui sont réservés d'après le taux qui serait applicable s'il était tenu compte de l'ensemble des biens imposables selon sa législation interne. Côté français, ce sont les biens visés par l'article 750 ter du CGI : tous les biens d'un défunt domicilié en France, ou les biens situés en France d'un défunt domicilié hors de France, augmentés des biens étrangers reçus par un héritier domicilié en France depuis au moins six ans au cours des dix dernières années.
L'administration en donne un exemple (BOI-INT-CVB-ESP-20, n° 220). Un résident d'Espagne laisse un immeuble en France de 500 000 euros et son mobilier de 20 000 euros, un fonds de commerce en Espagne de 380 000 euros, des valeurs mobilières françaises de 10 000 euros, des valeurs étrangères de 20 000 euros et des meubles et du numéraire en Espagne de 3 000 euros. Son héritier unique, un enfant, réside en Espagne. Sans convention, la France taxerait 530 000 euros ; après l'abattement de 100 000 euros, l'impôt serait de 84 194 euros, soit un taux moyen de 15,89 %. Avec la convention, la France ne taxe que l'immeuble et son mobilier, soit 520 000 euros, au taux de 15,89 % : 82 628 euros. Les titres français, biens incorporels, ne sont taxés qu'en Espagne.
La conséquence pratique est double. Un héritier domicilié en France ne fait pas entrer dans l'assiette française les comptes et titres, hors biens d'entreprise, d'un parent résident d'Espagne, que la convention réserve à l'Espagne : ils ne comptent, le cas échéant, que pour le taux. À l'inverse, le résident de France qui laisse une maison en Espagne voit la France renoncer à la taxer, mais l'inclure dans le calcul du taux applicable au reste de la succession.
La plupart des conventions successorales récentes laissent l'État du domicile taxer tout le patrimoine et lui imposent de déduire l'impôt payé ailleurs. Celle de 1963 entre la France et l'Espagne procède autrement : elle attribue chaque bien à un seul État. Un résident de France qui laisse une maison en Catalogne ne la verra pas taxée en France ; un résident d'Espagne qui laisse un portefeuille de titres français ne le verra pas taxé en France.
Ce partage est puissant, mais il oblige à qualifier chaque bien avec soin. Un compte bancaire, une SCI, une société espagnole qui détient une villa, un bateau immatriculé à Barcelone ne suivent pas la même règle. Et la convention ne couvre que les successions : une donation de la même maison, faite du vivant, peut être taxée dans les deux pays.
Maison sur la Costa Brava ou en Andalousie, appartement à Madrid : l'immeuble relève de l'Espagne seule.
Défunt résident d'Espagne, biens restés en France : appartement, assurance, comptes, titres.
Biens de famille restés en Espagne, héritiers vivant dans les deux pays.
SCI française, SL espagnole : la nature des parts change l'État qui taxe.
Hors convention, la donation d'un bien espagnol par un résident de France peut être taxée deux fois, avec un crédit limité.
L'Espagne seule (article 30). La France ne la taxe pas, mais peut en tenir compte pour fixer le taux applicable aux autres biens de la succession (article 36). En Espagne, l'impôt est dû par les héritiers, qui peuvent appliquer les règles de la communauté autonome où se trouve la plus grande valeur des biens espagnols, ici l'Andalousie.
En France selon l'administration française, qui voit dans un compte une créance taxable dans l'État de résidence du défunt (article 34). L'administration espagnole le traiterait, selon la doctrine, comme un meuble corporel situé en Espagne. En cas de double taxation, la procédure amiable de l'article 40 permet de faire trancher la question entre les deux administrations.
Seulement sur ce que la convention réserve à la France, notamment un immeuble situé en France, des meubles qui s'y trouvent, un véhicule ou un bateau immatriculé en France, les biens d'un établissement ou d'un cabinet libéral français, une marque ou un brevet déposé en France. Ses comptes et titres non rattachés à une entreprise ou à une profession libérale relevant des articles 31 ou 32, même français, ne sont taxés qu'en Espagne, État de sa résidence. La règle française qui taxe l'héritier domicilié en France depuis six ans sur les biens reçus de l'étranger ne joue ici que pour le calcul du taux.
Pas directement. Les parts d'une société à base de capitaux, comme une SL ou une SCI soumise à l'impôt sur les sociétés, sont des valeurs mobilières taxables dans le seul État de résidence du défunt (articles 31, paragraphe 2, et 34). Les parts d'une SCI non soumise à l'impôt sur les sociétés peuvent relever de l'article 31, qui regarde comme un établissement stable l'immeuble exploité conformément à l'objet social : elles sont alors taxées dans l'État où il se trouve. Cette qualification dépend des statuts, de l'exploitation effective de l'immeuble et du régime fiscal de la société ; à défaut, l'article 34 est en cause. L'administration espagnole pouvant lire différemment ces clauses, la structure se vérifie avant le décès.
La convention ne couvre pas les donations. Si vous êtes domicilié en France, la France taxe la donation et l'Espagne aussi, le bien y étant situé. L'impôt espagnol s'impute sur l'impôt français afférent au bien, dans la limite de celui-ci (article 784 A du CGI). Le choix entre donation et succession se fait chiffres en main.
Il relève de la convention du 10 octobre 1995, que nous détaillons sur notre page convention fiscale France / Espagne.
L'atlas des conventions fiscales : texte, articles et avenants, avec le pays présélectionné.
Voir la page GuideImpôt sur le revenu et fortune : résidence, retraites, immobilier.
Voir la page PôleLes obligations françaises des contribuables établis hors de France.
Voir la page GuideOrganiser la transmission d'un patrimoine, en France et à l'étranger.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec le notaire espagnol.
© BENSAID Avocats, Les informations figurant sur ce site ne constituent pas un avis juridique. Sources : convention entre la France et l'Espagne du 8 janvier 1963, publiée sur impots.gouv.fr ; BOI-INT-CVB-ESP-20 du 28 novembre 2024 ; pour le droit espagnol, loi 29/1987 sur l'impôt sur les successions et donations, texte consolidé au Boletín Oficial del Estado.
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