Retraités français au Portugal
Installation à Lisbonne, Porto, dans l'Algarve ou à Madère : la retraite privée bascule au Portugal, la pension publique reste en principe en France.
La convention de 1971 décide où sont imposés la retraite, les dividendes, les loyers et les plus-values d'un contribuable installé entre la France et le Portugal. Ses règles sont nettes pour les pensions privées, plus subtiles pour les pensions publiques, et elle ne couvre pas les successions.
Une pension privée, y compris une retraite de sécurité sociale de nature privée (régime général, Agirc-Arrco), n'est imposable qu'au Portugal lorsque le retraité y est résident au sens de la convention (article 19). La France ne peut plus l'imposer, même si le Portugal ne la taxe pas ou peu : l'article 19 ne pose aucune condition d'imposition effective.
Une pension publique, versée au titre de services rendus à l'État, à une collectivité ou à une personne morale de droit public française, reste en revanche imposable uniquement en France, sauf si le retraité réside au Portugal et en possède la nationalité (article 20, paragraphe 2, issu de l'avenant de 2016). La résidence elle-même se tranche par l'article 4 : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, séjour habituel et nationalité.
Convention fiscale France / Portugal du 14 janvier 1971 modifiée, articles 4, 19 et 20, version consolidée publiée sur impots.gouv.fr.
Pensions privées (article 19). Les pensions et autres rémunérations similaires versées à un résident d'un État au titre d'un emploi antérieur ne sont imposables que dans cet État. L'administration française en déduit que les pensions de sécurité sociale de caractère privé versées à un résident du Portugal échappent à l'impôt français. Le texte ne subordonne pas cette exclusivité à une imposition effective au Portugal : la France ne récupère pas son droit d'imposer si la pension y est peu ou pas taxée.
Pensions publiques (article 20, paragraphe 2). Depuis l'avenant du 25 août 2016, applicable sur ce point aux périodes d'imposition commençant à compter du 1er janvier 2013, les pensions versées par un État, une collectivité ou une personne morale de droit public au titre de services rendus ne sont imposables que dans cet État. Elles ne sont imposables que dans l'autre État si le bénéficiaire en est résident et en possède la nationalité. Un retraité de la fonction publique française de nationalité française, résident du Portugal, reste donc imposé en France ; un binational franco-portugais résident du Portugal est imposé au Portugal. Auparavant, selon la doctrine administrative, ces pensions étaient imposables dans l'État payeur sans que l'État de résidence perde le droit de les imposer, la double imposition étant éliminée par l'article 24.
Ne pas confondre avec les traitements d'activité (article 20, paragraphe 1). Pour les rémunérations publiques autres que les pensions, l'exception exige en plus que les services soient rendus dans l'État de résidence et que le bénéficiaire n'ait pas aussi la nationalité de l'État payeur : un agent public binational en activité reste imposable dans l'État qui le paie.
Rentes viagères (article 23). La convention ne les vise pas expressément ; l'administration les rattache à la clause relative aux revenus non dénommés (BOI-INT-CVB-PRT-10-20, n° 440), ce qui suppose de vérifier la nature exacte de la rente. Elles ne sont imposables que dans l'État de résidence, mais à une condition absente de l'article 19 : qu'elles y soient assujetties à l'impôt selon sa législation.
Établir la résidence. Un retraité qui garde en France son foyer, son conjoint ou l'essentiel de ses revenus peut rester résident de France au sens du droit interne (article 4 B du CGI) et de la convention. Les critères de l'article 4 s'examinent dans l'ordre, et la convention ne s'applique que si le Portugal assujettit effectivement la personne à l'impôt comme résident : la section suivante en donne quatre illustrations.
Le texte de la convention ne protège que celui qui est résident du Portugal. Quand l'administration française conteste ce départ, les juges regardent la famille, le logement, l'activité et l'imposition effective au Portugal. Ces quatre décisions sont celles que le cabinet oppose le plus souvent.
La convention franco-portugaise est l'une des plus anciennes du réseau français encore en vigueur. Elle a été modernisée en 2016 sur plusieurs points (impôts visés, rémunérations et pensions publiques, échange de renseignements, assistance au recouvrement, clauses anti-abus), puis complétée par la convention multilatérale, mais son architecture reste celle de 1971.
Ses règles sont souvent tranchées. Une pension privée versée à un résident du Portugal échappe entièrement à l'impôt français. Une plus-value sur des titres ordinaires n'est imposable que dans l'État de résidence du cédant. Tout repose donc sur une question préalable, celle de la résidence, que l'administration française vérifie avec attention lorsque le contribuable conserve un logement, une famille ou des intérêts économiques en France.
Installation à Lisbonne, Porto, dans l'Algarve ou à Madère : la retraite privée bascule au Portugal, la pension publique reste en principe en France.
Enseignants, militaires, agents hospitaliers : l'article 20 réserve l'imposition à la France, sauf nationalité portugaise du retraité résident du Portugal.
La double nationalité joue différemment pour les pensions publiques et pour les traitements d'activité.
Loyers et plus-values d'un immeuble français restent imposables en France, y compris par l'intermédiaire d'une société à prépondérance immobilière.
Dividendes, intérêts, jetons de présence et rémunérations de mandataires sociaux obéissent à des règles de partage.
Aucune convention n'évite la double imposition des successions entre les deux pays.
Non, dès lors que vous êtes résident du Portugal au sens de la convention. Ces pensions, de caractère privé, ne sont imposables que dans l'État de résidence (article 19). Il vous appartient de signaler votre changement de résidence aux caisses françaises et de leur fournir, à leur demande, une attestation de résidence fiscale portugaise, pour qu'elles cessent toute retenue.
Non. Une pension publique française reste imposable uniquement en France (article 20, paragraphe 2), sauf si vous résidez au Portugal et en avez la nationalité. Dans ce dernier cas, elle n'est imposable qu'au Portugal. Les pensions servies au titre d'une activité d'entreprise exercée par une personne publique suivent toutefois la règle des pensions privées (article 20, paragraphe 3).
En principe non : le régime est abrogé depuis le 1er janvier 2024 et le régime transitoire ne vise que les personnes déjà inscrites au 1er janvier 2024, celles qui remplissaient les conditions de résidence au 31 décembre 2023 et devaient demander leur inscription avant le 31 mars 2024, celles devenues résidentes en 2024 sur la base d'engagements pris avant fin 2023, et les membres de leur foyer. Les personnes inscrites conservent leur régime jusqu'au terme de leurs dix ans. Le nouveau régime, l'IFICI, vise certaines activités qualifiées et ne concerne pas les retraités.
La France, État de situation de l'immeuble (article 6). Vous déposez une déclaration de revenus française de non-résident pour ces loyers ; le Portugal, s'il les intègre dans votre revenu, déduit l'impôt français dans la limite de l'impôt portugais correspondant (article 24, paragraphe 2). La plus-value de cession du bien est aussi imposable en France.
La convention réserve ce gain à l'État de résidence du cédant (article 14, paragraphe 3), sauf société à prépondérance immobilière française. Mais si votre départ a donné lieu à l'exit tax, l'impôt en sursis sur la plus-value latente constatée à cette date devient exigible si les titres sont cédés dans les deux ans du départ (cinq ans lorsque leur valeur globale dépassait 2,57 millions d'euros), dans la limite de la plus-value effectivement réalisée ; l'impôt payé au Portugal sur la cession s'impute alors, dans certaines limites, sur l'impôt français (article 167 bis du CGI). Au-delà de ce délai, l'impôt est dégrevé.
Non. L'accord du 3 juin 1994 ne concerne que les dons et legs aux États, à leurs collectivités et à certains organismes de droit public. Une succession entre particuliers est soumise aux deux droits internes : en France l'article 750 ter du CGI et le crédit de l'article 784 A, au Portugal l'imposto do selo sur les biens réputés situés au Portugal, avec une exonération pour le conjoint, les descendants et les ascendants.
L'atlas des conventions fiscales : texte, articles et avenants, avec le pays présélectionné.
Voir la page SuccessionLe tableau des conventions successorales de la France, pays par pays : territorialité, crédits d'impôt, holdings.
Voir la page PôleObligations françaises des contribuables établis hors de France.
Voir la page GuidePlus-values latentes, sursis de paiement et dégrèvement au départ de France.
Voir la page GuideItalie, Suisse, Portugal : les régimes d'accueil comparés.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec votre conseil portugais, depuis Paris ou Lisbonne.
© BENSAID Avocats, Les informations figurant sur ce site ne constituent pas un avis juridique. Sources : convention fiscale entre la France et le Portugal du 14 janvier 1971, modifiée par l'avenant du 25 août 2016 et par la convention multilatérale, et accord du 3 juin 1994, publiés sur impots.gouv.fr ; pour le droit portugais, documentation de l'Autoridade Tributária e Aduaneira (ofício circulado n.º 90068 du 16 février 2024, brochure IFICI, Código do Imposto do Selo).
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