Convention de Paris du 21 juillet 1959 · avenant de 2015 en vigueur

Convention fiscale France / Allemagne : frontaliers, retraites, dividendes

La convention de 1959, profondément remaniée par l'avenant du 31 mars 2015, répartit l'impôt entre la France et l'Allemagne. Elle comporte des règles singulières : un régime frontalier de 20 et 30 kilomètres, des retraites de la Rentenversicherung imposables seulement en France pour un résident de France, une clause d'exit tax sur les participations.

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Comment la convention fiscale France / Allemagne évite-t-elle la double imposition ?

La convention signée à Paris le 21 juillet 1959, en vigueur depuis le 4 novembre 1961, fixe d'abord l'État de résidence (article 2), puis attribue chaque revenu à l'un des deux États ou aux deux. Sa dernière modification de fond, l'avenant du 31 mars 2015, s'applique aux revenus perçus depuis le 1er janvier 2016 ; la convention multilatérale de l'OCDE s'y ajoute depuis son entrée en vigueur pour l'Allemagne, le 1er avril 2021.

Pour un résident de France, les revenus allemands imposables en Allemagne selon la convention sont aussi compris dans la base de l'impôt français, qui accorde un crédit d'impôt (article 20, paragraphe 2). Pour les dividendes, les jetons de présence, les revenus d'intérimaires, d'artistes et de sportifs et certaines plus-values, ce crédit est égal à l'impôt allemand, dans la limite de l'impôt français. Pour les autres revenus (salaires, loyers, bénéfices, rémunérations publiques), il est égal à l'impôt français correspondant : le revenu n'est pas imposé deux fois, mais il compte pour le taux appliqué aux autres revenus.

Deux règles propres à ce corridor passent avant le crédit : le salarié frontalier, qui habite et travaille dans la zone de 20 kilomètres de la frontière (30 kilomètres pour les résidents du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle qui travaillent en Allemagne) et rentre normalement chaque jour chez lui, avec une tolérance de 45 jours par an, n'est imposé que dans son État de résidence ; et les pensions privées et celles de l'assurance sociale légale ne sont imposables que dans l'État de résidence depuis 2016, les pensions publiques restant régies par l'article 14 (article 13, paragraphes 5 et 8).

Convention fiscale France / Allemagne du 21 juillet 1959 modifiée, articles 2 et 20, version consolidée publiée sur impots.gouv.fr.

— En bref
Texte
Convention du 21 juillet 1959, avenants de 1969, 1989, 2001 et 2015, convention multilatérale de l'OCDE
Méthode française
Crédit d'impôt imputé sur l'impôt français
Retraites
Imposables dans le seul État de résidence depuis 2016
Point de vigilance
Procédure amiable à engager dans les trois ans de la première notification
— La convention, article par article

Les règles qui reviennent dans nos dossiers

  • Résidence (article 2, paragraphe 1, 4°). Une personne résidente des deux États est rattachée, dans l'ordre, à celui où elle a son foyer d'habitation permanent, puis le centre de ses intérêts vitaux, son séjour habituel et sa nationalité ; à défaut, les deux administrations tranchent d'un commun accord. Le Conseil d'État retient comme foyer permanent toute résidence dont on dispose de manière durable, y compris une maison mise à disposition par un enfant, sans avoir à comparer la durée des séjours (CE 21 octobre 2016, n° 392997). Être imposé en Allemagne sur des revenus allemands ne suffit pas à y être résident (CE 24 janvier 2011, n° 316457, Moghadam).
  • Revenus immobiliers (article 3). Les loyers d'un immeuble ne sont imposables que dans l'État où il est situé, au sens de la convention. Pour un résident de France, les loyers d'un appartement allemand sont toutefois repris dans la base française avec un crédit égal à l'impôt français correspondant : ils comptent pour le taux. Un déficit foncier allemand n'est pas pris en compte en France (CE 19 décembre 2019, n° 428443).
  • Dividendes (article 9). L'État de la société peut prélever au plus 15 % du montant brut. Une société de capitaux détenant au moins 10 % du capital pendant 365 jours incluant le jour du paiement ne subit aucune imposition en France sur les dividendes d'une filiale française, et au plus 5 % en Allemagne sur ceux d'une filiale allemande. Les dividendes de véhicules immobiliers exonérés (SIIC, OPCI) versés à un détenteur de 10 % ou plus restent imposables au taux du droit interne (paragraphe 10).
  • Intérêts et redevances (articles 10 et 15). Imposables seulement dans l'État de résidence du bénéficiaire, sauf rattachement à un établissement stable dans l'autre État. L'impôt prélevé à tort à la source n'ouvre pas droit à crédit en France : il se réclame dans l'État qui l'a prélevé.
  • Plus-values (article 7). Les plus-values immobilières sont imposables dans l'État de situation (paragraphe 1), comme les cessions d'actions ou de parts qui, à un moment quelconque des 365 jours précédant la vente, tirent plus de 50 % de leur valeur d'immeubles situés dans cet État, hors immeubles affectés à l'activité de l'entité (paragraphe 4). Les autres plus-values sur titres ne sont imposables que dans l'État de résidence du cédant (paragraphe 5).
  • Exit tax conventionnelle (article 7, paragraphe 6). L'État que quitte une personne résidente depuis au moins cinq ans peut imposer, selon son droit interne, la plus-value constituée pendant sa résidence sur une participation dans une société résidente de cet État. Le nouvel État de résidence retient alors comme prix d'acquisition la valeur au jour du départ. La France applique ici l'article 167 bis du CGI, l'Allemagne le paragraphe 6 de sa loi sur la fiscalité extérieure (AStG).
  • Salaires et détachements (article 13, paragraphes 1 et 4). Imposables dans l'État où l'activité est exercée, sauf mission réunissant trois conditions : séjour n'excédant pas 183 jours au total sur l'année civile, employeur non résident de l'État d'activité, rémunération non supportée par un établissement stable dans cet État. Selon l'accord amiable du 16 février 2006, les dimanches, jours fériés, congés et arrêts maladie liés au contrat de travail en cours comptent comme jours de séjour.
  • Dirigeants et administrateurs (articles 11 et 13, paragraphe 7). Les fonctions de direction ou de gérance dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés relèvent du travail salarié : elles sont imposables là où elles s'exercent, et non dans l'État de la société. Les jetons de présence sont imposables dans l'État de résidence, mais l'État de la société peut prélever une retenue, compensée par un crédit d'impôt.
  • Intérimaires (article 13, paragraphe 6). Les rémunérations d'un salarié mis à disposition par une entreprise de travail temporaire sont imposables dans l'État d'activité et dans l'État de résidence, qui accorde un crédit égal à l'impôt payé dans le premier, sauf si le salarié remplit les conditions du régime frontalier.
  • Fortune (article 19). La convention vise l'impôt de solidarité sur la fortune. L'administration rappelle qu'une convention applicable à l'ISF ne l'est pas nécessairement à l'impôt sur la fortune immobilière : chaque stipulation s'examine au cas par cas. En pratique, un immeuble situé en France reste dans l'assiette de l'IFI d'un résident d'Allemagne en application du droit interne.
  • Échange de renseignements et recouvrement (articles 22 et 23). L'article 22 organise l'échange de renseignements ; selon la doctrine administrative, un accord du 18 octobre 2001 prévoit en outre l'échange automatique d'informations sur les changements de résidence, les transferts de propriété immobilière, les salaires et les jetons de présence. L'avenant de 2015 a étendu l'assistance au recouvrement à toutes les créances fiscales.
— Devant le juge

Cinq décisions sur les frontaliers, les pensions et la résidence

Entre la France et l'Allemagne, le contentieux porte sur le statut de frontalier, sur le sort des pensions et sur la résidence. Chaque décision ci-dessous précise si elle a été rendue avant ou après l'avenant de 2015.

  • Frontalier de Moselle. Le salarié qui habite en Moselle et travaille pour une société allemande dans la zone frontalière relève de l'article 13, paragraphe 5 : son salaire n'est imposable qu'en France, il avait demandé le régime frontalier mais n'a déposé aucune déclaration française malgré des mises en demeure, et la cour valide la taxation d'office (CAA Nancy, 27 mars 2014, n° 12NC00985).
  • Mission en Allemagne et crédit d'impôt. Une prime versée par une fédération sportive à un joueur professionnel mis à sa disposition, qui reste salarié de son club, est un salaire imposable en France seulement lorsque les trois conditions du paragraphe 4 de l'article 13 sont réunies ; le crédit de l'article 20, qui suppose un revenu imposable dans les deux États, ne s'applique pas (CE, 19 décembre 2018, n° 413033).
  • Pensions de sécurité sociale, avant 2016. Les retraites versées par des organismes français de sécurité sociale à un ressortissant français résidant en Allemagne étaient imposables en France sous l'ancien article 14, paragraphe 2, ce qui explique la double imposition des pensionnés de l'assurance sociale légale avant l'avenant de 2015 (CAA Versailles, 3 avril 2012, n° 11VE00142).
  • Traitement public versé à un résident d'Allemagne. Le traitement versé par l'État français à un agent qui habite en Allemagne reste imposable en France, par retenue à la source, en application de l'article 14, paragraphe 1, de la convention (sous réserve de l'exception tenant à la nationalité exclusive de l'autre État) et de l'article 182 A du CGI (CE, 25 avril 1990, n° 58034).
  • Résidence : le séjour habituel. Une contribuable qui disposait de logements à Roquebrune-Cap-Martin et à Baden-Baden, avec des liens étroits dans les deux États, est résidente de France : ses séjours en Allemagne, environ quarante jours par an en séjours de trois nuits, ne constituent pas un séjour habituel (CAA Marseille, 7 novembre 2024, n° 21MA02682).
— Frontaliers et télétravail

Un régime propre à la frontière franco-allemande, consolidé en 2015

La règle (article 13, paragraphe 5). Le salarié qui travaille dans la zone frontalière d'un État et a son foyer d'habitation permanent dans la zone frontalière de l'autre, où il rentre normalement chaque jour, n'est imposable que dans son État de résidence. La zone frontalière comprend les communes situées en tout ou partie à moins de 20 kilomètres de la frontière. Pour les personnes qui habitent dans les départements français limitrophes, c'est-à-dire le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle, la zone de travail en Allemagne s'étend aux communes situées à moins de 30 kilomètres ; toute la Sarre en fait partie.

Les 45 jours. L'accord amiable du 16 février 2006 maintient la qualité de frontalier lorsque le salarié ne rentre pas chez lui, ou travaille une journée complète hors de la zone, pendant au plus 45 jours de travail dans l'année ; en cas d'activité sur une partie de l'année seulement, la limite est de 20 % des jours prévus au contrat, sans dépasser 45 jours. Au-delà, le salaire redevient imposable selon la règle générale, dans l'État d'exercice.

Le télétravail. Aucun accord propre au télétravail n'a été conclu avec l'Allemagne, à la différence de la Suisse ou du Luxembourg. Mais l'accord de 2006 précise que l'activité exercée dans la zone frontalière de l'État de résidence est réputée exercée dans la zone frontalière : le frontalier qui télétravaille depuis son domicile alsacien ou mosellan conserve son statut, sans plafond de jours. Pour un salarié qui n'est pas frontalier au sens de la convention, chaque jour télétravaillé en France est imposable en France dès le premier jour. Les accords amiables conclus pendant la crise sanitaire ont pris fin en 2022.

Les formulaires. Le résident de France qui travaille en Allemagne dépose le formulaire bilingue n° 5011 pour que son employeur obtienne du Finanzamt une attestation d'exonération (Freistellungsbescheinigung) ; le résident d'Allemagne qui travaille en France utilise le formulaire n° S 2-240. L'avenant de 2015 a assorti ce régime d'une compensation financière : l'État de résidence verse à l'État d'emploi 1,5 % de la masse salariale brute des frontaliers (article 13 a). La sécurité sociale obéit à des règles européennes distinctes, qu'il faut vérifier à part.

— Retraites : la règle de 2016

La même retraite n'est pas imposée au même endroit selon son origine

  • Pensions privées et légales (article 13, paragraphe 8). Depuis les revenus de 2016, les pensions, les rentes, y compris les sommes versées par les assurances sociales légales, ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire. La retraite de la Deutsche Rentenversicherung d'un résident de France n'est donc imposée qu'en France ; la retraite du régime général ou de l'Agirc-Arrco d'un résident d'Allemagne ne l'est qu'en Allemagne. Pour les sommes versées par les assurances sociales légales, l'État de résidence verse en contrepartie une compensation à l'État d'où proviennent les sommes (article 13 c).
  • Avant 2016. Les sommes des assurances sociales légales n'étaient imposables que dans l'État du débiteur, ce qui a souvent conduit à une double imposition des anciens frontaliers. Une réclamation dérogatoire, ouverte jusqu'au 30 juin 2017, a permis d'obtenir le crédit d'impôt pour les années 2005 à 2015 ; ce délai est expiré.
  • Pensions publiques (article 14). Versées par l'un des États, un Land, une collectivité ou une personne morale de droit public au titre de services administratifs ou militaires, elles ne sont imposables que dans l'État payeur, sauf si le bénéficiaire a la nationalité de l'autre État sans avoir celle de l'État payeur : elles ne sont alors imposables que dans l'État de résidence. Un fonctionnaire allemand retraité de nationalité allemande, résident de France, reste imposé en Allemagne ; la pension entre dans son revenu français avec un crédit égal à l'impôt français correspondant.
  • Établissements industriels et commerciaux publics. Les rémunérations versées au titre d'une activité commerciale ou industrielle publique suivent la règle des salaires privés ; selon la doctrine administrative publiée en 2012 (BOI-INT-CVB-DEU-10-40), les deux administrations ont toutefois rangé la SNCF, La Poste, la Banque de France et la Bundesbank sous la règle des rémunérations publiques, ce qu'il convient de vérifier au regard de l'évolution du statut de ces entités. Les hôpitaux, écoles, jardins d'enfants et universités publics ne sont pas regardés comme des activités commerciales.
  • CSG et assurance maladie. La convention ne mentionne pas la CSG. Pour une pension allemande perçue en France, l'assujettissement aux prélèvements sociaux dépend d'abord du régime d'assurance maladie qui vous couvre au regard des règles européennes : c'est le premier point à établir.
— Quatre cas chiffrés

Ce que la convention produit, chiffres à l'appui

  • Le frontalier de Strasbourg. Une salariée habite Strasbourg et travaille à Kehl pour 60 000 € bruts par an. Elle a passé 30 jours de travail hors de la zone frontalière et télétravaille deux jours par semaine depuis chez elle. Elle reste frontalière : son salaire n'est imposable qu'en France, au barème, et son employeur allemand ne retient pas l'impôt allemand dès lors qu'il dispose de l'attestation d'exonération.
  • Le retraité de la Rentenversicherung. Un ancien frontalier résident de Sarreguemines perçoit 15 000 € par an de la Deutsche Rentenversicherung. Depuis 2016, cette pension n'est imposable qu'en France, après l'abattement de 10 % propre aux pensions ; l'Allemagne ne doit plus la taxer. Si une retenue allemande est encore opérée, elle se réclame auprès de l'administration allemande, et non par un crédit en France.
  • Le dividende Siemens. Un résident de France perçoit 10 000 € de dividendes d'une société allemande cotée. La retenue allemande de droit commun, solidarité comprise, est de 26,375 %, soit 2 637,50 € ; la convention la limite à 15 %, soit 1 500 €, et l'excédent de 1 137,50 € se réclame auprès du Bundeszentralamt für Steuern avant la fin de la quatrième année civile suivant celle du paiement (article 25 b). En France, au prélèvement forfaitaire, le crédit de 1 500 € s'impute d'abord sur l'impôt sur le revenu de 12,8 % (1 280 €), qu'il efface. Selon la doctrine administrative, le reliquat de 220 € ne s'impute sur les prélèvements sociaux de 18,6 % (1 860 €) que si la convention couvre ces prélèvements, ce que le texte de 1959 ne prévoit pas expressément ; à défaut, il est perdu. Ce point se vérifie avant de déclarer.
  • L'appartement de Berlin. Un résident de France vend un appartement berlinois détenu depuis douze ans avec une plus-value de 200 000 €. L'Allemagne ne taxe pas la plus-value privée d'un immeuble détenu plus de dix ans, hors activité de marchand de biens. La France, elle, l'impose : après un abattement pour durée de détention de 42 %, l'impôt sur le revenu à 19 % s'élève à 22 040 €, auxquels s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 % après leur propre abattement et, le cas échéant, la surtaxe sur les plus-values élevées. Le crédit d'impôt est égal à l'impôt allemand effectivement payé, ici nul : la convention n'efface donc rien.
— Le crédit d'impôt et les recours

Ce que la déclaration d'un résident de France doit faire apparaître

Deux crédits distincts (article 20, paragraphe 2). Le crédit égal à l'impôt allemand, plafonné à l'impôt français, vise les plus-values immobilières et sur sociétés immobilières, l'exit tax, les dividendes, les jetons de présence, les revenus d'intérimaires, d'artistes, de sportifs et de mannequins ; l'excédent n'est ni reporté ni restitué. Le crédit égal à l'impôt français vise tous les autres revenus imposables en Allemagne, à condition qu'ils y soient effectivement soumis à l'impôt allemand : loyers, bénéfices d'un établissement stable, salaires, rémunérations publiques.

L'impôt allemand payé à tort ne se récupère pas en France. Le Conseil d'État refuse le crédit lorsque l'Allemagne a imposé un revenu en méconnaissance de la convention (CE 19 décembre 2018, n° 413033) : il faut demander le remboursement en Allemagne ou engager une procédure amiable.

Le calcul de l'impôt français correspondant. L'administration le calcule désormais en appliquant à l'impôt dû sur l'ensemble des revenus le rapport entre le revenu étranger considéré et le revenu net imposable. Les règles du taux effectif de l'article 197 C du CGI ne s'ajoutent pas à ce mécanisme.

Procédure amiable et arbitrage (article 25). La demande se présente à l'administration de l'État de résidence dans les trois ans qui suivent la première notification de la mesure contestée. Si les deux administrations ne s'accordent pas dans les trois ans suivant la saisine de l'autre État, la personne peut demander un arbitrage, sauf si un tribunal a déjà tranché la question.

Clause anti-abus. Depuis l'application de la convention multilatérale, un avantage conventionnel est refusé lorsque son obtention était l'un des objets principaux d'un montage, sauf s'il est conforme à l'objet de la convention.

— Ce qu'il faut comprendre

Une convention de 1959 réécrite en 2015

La numérotation de la convention franco-allemande ne suit pas le modèle de l'OCDE : la résidence figure à l'article 2, les plus-values à l'article 7, les salaires à l'article 13, les retraites au paragraphe 8 de ce même article 13. Beaucoup de contenus en ligne décrivent encore l'état antérieur à 2016, lorsque la retraite allemande d'un résident de France était imposée en Allemagne.

L'avenant de 2015 a changé trois choses décisives : les pensions, y compris celles de l'assurance sociale légale, ne sont plus imposables que dans l'État de résidence ; les cessions de sociétés à prépondérance immobilière sont imposables là où se trouvent les immeubles ; l'État de départ peut imposer, sous conditions, la plus-value latente sur une participation après un changement de résidence.

— Qui est concerné

Six situations où la convention change le résultat

Frontaliers d'Alsace et de Moselle

Résidents du Bas-Rhin, du Haut-Rhin ou de la Moselle travaillant en Sarre, en Bade-Wurtemberg ou en Rhénanie-Palatinat.

Retraités entre les deux pays

Anciens frontaliers et expatriés percevant une retraite de la Deutsche Rentenversicherung, une pension d'entreprise ou une pension publique.

Salariés détachés

Missions de quelques mois, règle des 183 jours, intérimaires et dirigeants salariés.

Allemands installés en France

Résidents fiscaux français qui conservent en Allemagne des comptes-titres, des immeubles locatifs ou des parts de sociétés familiales.

Investisseurs et propriétaires

Dividendes de sociétés allemandes, appartement à Berlin ou à Munich, parts de SCI françaises détenues depuis l'Allemagne.

Entrepreneurs qui changent de pays

Départ vers l'Allemagne ou retour en France avec une participation : l'exit tax conventionnelle de l'article 7, paragraphe 6.

— Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande sur la convention France / Allemagne

J'habite en Alsace et je travaille en Allemagne : où suis-je imposé ?

En France si vous êtes frontalier au sens de l'article 13, paragraphe 5 : foyer permanent dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin ou la Moselle, lieu de travail dans une commune allemande située à moins de 30 kilomètres de la frontière, retour normalement quotidien et au plus 45 jours de travail par an hors zone ou sans retour. À défaut, votre salaire est imposable en Allemagne, et la France le reprend avec un crédit égal à l'impôt français correspondant.

Le télétravail fait-il perdre le statut de frontalier franco-allemand ?

Non, lorsque vous télétravaillez depuis votre domicile situé dans la zone frontalière française : l'accord amiable du 16 février 2006 répute ce travail exercé dans la zone frontalière. Les jours télétravaillés ne s'imputent donc pas sur les 45 jours. La question se pose autrement pour la sécurité sociale, qui suit les règles européennes.

Je réside en France et je touche une retraite allemande : qui l'impose ?

La France seule, depuis les revenus de 2016, pour une retraite de la Deutsche Rentenversicherung ou une pension d'entreprise (article 13, paragraphe 8). Une pension de fonctionnaire allemand obéit à une autre règle : elle reste imposable en Allemagne si vous n'avez pas la nationalité française, et la France la prend en compte pour le taux.

Combien l'Allemagne retient-elle sur mes dividendes, et que puis-je récupérer ?

L'Allemagne prélève 26,375 % en droit interne. La convention plafonne son impôt à 15 % : l'excédent se réclame auprès du Bundeszentralamt für Steuern, avec une attestation de résidence française, avant la fin de la quatrième année civile suivant celle du paiement. En France, le crédit d'impôt s'impute sur l'impôt sur le revenu afférent à ce dividende ; son imputation sur les prélèvements sociaux n'est pas acquise.

Je vends un appartement en Allemagne en étant résident de France : où est taxée la plus-value ?

Dans les deux pays, en principe : l'Allemagne peut l'imposer comme État de situation, et la France l'impose comme État de résidence, avec un crédit égal à l'impôt allemand payé. Si l'Allemagne n'impose pas, par exemple parce que vous avez détenu le bien plus de dix ans, la France impose seule selon son régime des plus-values immobilières.

Je pars m'installer en Allemagne avec des parts de ma société française : la France peut-elle encore m'imposer ?

Oui, sous conditions. Le droit interne français (article 167 bis du CGI) impose la plus-value latente lors du départ des personnes résidentes de France pendant au moins six des dix années précédentes, au-delà de seuils de participation ou de valeur, et l'article 7, paragraphe 6, de la convention laisse la France l'appliquer si vous avez été résident de France pendant au moins cinq ans. L'Allemagne retiendra alors la valeur au jour de votre arrivée pour calculer sa propre plus-value. Notre page exit tax détaille le sursis de paiement de plein droit applicable en cas de départ vers un État de l'Union.

La convention couvre-t-elle les successions et les donations ?

Non : elles relèvent de la convention du 12 octobre 2006, applicable depuis le 3 avril 2009. Nous la détaillons sur notre page succession franco-allemande.

Cité par

Une situation entre la France et l'Allemagne à sécuriser ?

Premier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec votre Steuerberater ou votre conseil allemand.