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Fiscalité franco-italienne : l'axe bilatéral décrypté

L'axe fiscal entre la France et l'Italie repose sur deux conventions bilatérales distinctes, l'une pour l'impôt sur le revenu et la fortune, l'autre pour les successions et donations. Comprendre leur articulation est le préalable à toute décision patrimoniale transfrontalière, qu'il s'agisse d'un ressortissant italien installé en France, d'un Français détenant des actifs en Italie ou d'une famille répartie entre les deux pays.

Cabinet Bensaid Avocats, avocats fiscalistes aux Barreaux de Paris & Genève. Analyse fondée sur les textes officiels (Légifrance, BOFiP, OCDE), arrêtée au 1er juillet 2026.
— En bref
Deux conventions
Revenu/fortune (Venise, 1989) et successions/donations (Rome, 1990)
Résidence
Départage en cascade (art. 4) : la nationalité ne prime pas
Dividendes
Retenue plafonnée à 15 % (5 % si société détenant ≥ 10 %)
Successions
Écart majeur : 4 % en Italie contre jusqu'à 45 % en France
Exit tax
Sursis automatique au retour vers l'Italie (UE/EEE)
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Deux conventions bilatérales, deux logiques

L'axe franco-italien présente une particularité rare dans le réseau conventionnel français : il est couvert par deux traités distincts. La convention relative aux impôts sur le revenu et sur la fortune, signée à Venise le 5 octobre 1989, est entrée en vigueur le 1er mai 1992 (décret n°92-422 du 4 mai 1992). Elle constitue le socle de toute analyse de mobilité ou de détention d'actifs entre les deux pays. Elle est complétée d'un protocole et d'un échange de lettres qui précisent son application.

La seconde convention, consacrée aux successions et donations, a été signée à Rome le 20 décembre 1990 et est entrée en vigueur le 1er avril 1995 (décret n°95-351 du 28 mars 1995). Cette couverture successorale est exceptionnelle : la plupart des conventions conclues par la France ne traitent pas des droits de mutation à titre gratuit. Pour les familles franco-italiennes, cela change radicalement la donne, car la répartition du droit d'imposer est encadrée par le traité et non laissée au seul jeu des deux droits internes.

Ces deux textes priment le droit interne pour répartir la compétence fiscale entre Paris et Rome et éliminer la double imposition. Le cabinet, présent à Paris et à Genève, cartographie systématiquement lequel des deux États détient le droit d'imposer chaque catégorie de revenu et chaque bien, avant de construire toute stratégie patrimoniale.

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Enjeux et obligations

La résidence fiscale : le point décisif

L'article 4 de la convention de 1989 définit la résidence par renvoi au droit interne : une personne est résidente de l'État où elle est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou d'un critère analogue. Lorsque les deux États revendiquent simultanément la résidence, la convention applique une règle de départage en cascade, le tie-breaker. L'ordre est strict : on retient d'abord l'État du foyer d'habitation permanent ; à défaut, celui du centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire des liens personnels et économiques les plus étroits ; puis, à défaut, celui du séjour habituel ; ensuite la nationalité ; enfin, si aucun critère ne tranche, un règlement amiable entre les deux administrations. Cette hiérarchie est capitale : la nationalité n'intervient qu'en avant-dernier recours. Un ressortissant italien qui vit en France y sera, dans la très grande majorité des cas, résident fiscal français au sens de la convention, indépendamment de son passeport. Inversement, un Français dont le foyer et les intérêts vitaux se sont déplacés en Italie peut cesser d'être résident français malgré sa nationalité. Le contentieux de la résidence est l'un des plus nourris en matière franco-italienne, et sa préparation documentaire conditionne l'issue de tout redressement.

Le traitement des principaux revenus

Dividendes (art. 10) : la retenue à la source dans l'État de la source est plafonnée à 15 % pour un particulier, et abaissée à 5 % lorsque le bénéficiaire est une société détenant au moins 10 % du capital pendant douze mois. Les intérêts (art. 11) sont plafonnés à 10 %, avec plusieurs exonérations (crédits liés à des ventes d'équipements industriels, paiements d'entités publiques, prêts interbancaires). Redevances (art. 12) : le plafond est de 5 %, avec une exonération totale des droits d'auteur sur les œuvres littéraires, artistiques et scientifiques. Les plus-values (art. 13) obéissent à une logique de localisation : les plus-values immobilières sont imposables dans l'État de situation de l'immeuble ; les plus-values sur participations substantielles (≥ 25 %) dans une société sont imposables dans l'État de cette société ; les autres cessions de titres restent imposables dans le seul État de résidence du cédant. Traitements et salaires (art. 15) : l'imposition a lieu en principe dans l'État d'exercice de l'activité, sauf application de la règle des 183 jours. Les pensions (art. 18 et 19) appellent une vigilance particulière : les pensions privées sont imposables uniquement dans l'État de résidence, mais les pensions publiques et les pensions de sécurité sociale sont imposables dans l'État source. L'article 18 a historiquement suscité des difficultés d'application, documentées par le BOFiP, qu'un retraité franco-italien a tout intérêt à anticiper.

Successions, donations et fortune immobilière

C'est en matière successorale que l'axe franco-italien révèle son écart le plus spectaculaire. L'Italie applique des droits de succession très modérés : un abattement d'environ un million d'euros par héritier en ligne directe et un taux de l'ordre de 4 %. La France, à l'inverse, applique un barème progressif qui atteint 45 % en ligne directe. La convention de 1990 détermine lequel des deux États impose selon la situation des biens et le domicile du défunt ou du donateur ; l'enjeu de planification est considérable et justifie une cartographie précise du patrimoine bien par bien. En matière de fortune, un résident de France est assujetti à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) sur son patrimoine immobilier mondial, biens italiens compris, dès lors que sa valeur nette taxable dépasse 1,3 million d'euros, le barème s'appliquant à partir de 800 000 euros. La détention d'une résidence secondaire en Toscane, en Lombardie ou sur les lacs entre pleinement dans l'assiette française. Enfin, l'exit tax de l'article 167 bis du CGI peut se déclencher au départ de France, par exemple lors d'un retour en Italie. Le taux 2026 atteint 31,4 %, mais le transfert vers un État de l'UE ou de l'EEE, dont l'Italie, ouvre droit à un sursis de paiement automatique, sans garantie ni demande expresse. Le cabinet, aux Barreaux de Paris et de Genève, articule ces régimes pour sécuriser aussi bien l'installation que le départ.

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Expert référent — Me Jonathan Bensaid

Me Jonathan Bensaid, avocat fondateur du cabinet, accompagne UHNWI, family offices, dirigeants et non-résidents sur la fiscalité internationale du patrimoine et la mise en conformité cross-border. Le cabinet est inscrit aux Barreaux de Paris & Genève.

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  • résidence fiscale
  • succession franco-italienne
  • IFI
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  • exit tax
  • non-résidents
— Questions fréquentes

L'essentiel de l'axe franco-italien

Combien de conventions fiscales lient la France et l'Italie ?

Deux conventions distinctes : celle du 5 octobre 1989 pour les impôts sur le revenu et sur la fortune (en vigueur au 1er mai 1992) et celle du 20 décembre 1990 pour les successions et donations (en vigueur au 1er avril 1995). Cette double couverture, notamment successorale, est rare dans le réseau conventionnel français.

La nationalité italienne détermine-t-elle la résidence fiscale ?

Non. L'article 4 de la convention de 1989 applique un départage en cascade : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, et seulement ensuite la nationalité. Un Italien vivant en France y est donc généralement résident fiscal français, quel que soit son passeport.

Quel est le taux de retenue sur les dividendes franco-italiens ?

La retenue à la source est plafonnée à 15 % pour un particulier. Elle est ramenée à 5 % lorsque le bénéficiaire est une société détenant au moins 10 % du capital de la société distributrice pendant douze mois.

Pourquoi l'écart successoral France-Italie est-il si important ?

L'Italie applique un abattement d'environ un million d'euros par héritier en ligne directe et un taux d'environ 4 %, alors que la France atteint 45 % en ligne directe. La convention de 1990 détermine lequel des deux États impose, ce qui rend la planification déterminante.

Mon appartement en Italie entre-t-il dans l'IFI français ?

Oui, si vous êtes résident fiscal de France. L'IFI porte sur le patrimoine immobilier mondial dès que sa valeur nette taxable dépasse 1,3 million d'euros, le barème s'appliquant à partir de 800 000 euros. Les biens situés en Italie sont donc inclus dans l'assiette.

Cité par

Structurer un patrimoine entre la France et l'Italie

Chaque situation franco-italienne se joue sur la qualification exacte de la résidence, la localisation des actifs et l'articulation des deux conventions. Le cabinet Bensaid Avocats, présent à Paris et à Genève, accompagne les particuliers, les dirigeants et les familles dans la cartographie de leur patrimoine, la sécurisation de leurs obligations déclaratives et l'anticipation des enjeux successoraux. Un premier échange permet d'identifier les points de vigilance et les marges de manœuvre propres à votre configuration.