Convention du 31 août 1994 · articles 11, 18, 24 et 29

401(k), IRA, Social Security, assurance-vie : votre retraite entre la France et les États-Unis

Une carrière aux États-Unis laisse un 401(k), une IRA et des droits à la Social Security ; une vie en France, des droits à la retraite française, une assurance-vie, parfois un PEA. La convention fiscale dit quel État impose chacun de ces revenus. Ses réponses sont souvent plus favorables qu'on ne le croit ; encore faut-il les faire valoir des deux côtés.

Paris · Genève · Marseille · Cannes · Lisbonne

Une retraite américaine (401(k), IRA, Social Security) perçue en France est-elle imposable en France ?

Selon l'article 18, paragraphe 1, de la convention fiscale France / États-Unis, les pensions de sécurité sociale et les sommes versées par un régime de retraite constitué aux États-Unis à un résident de France, en versements périodiques ou en capital, ne sont imposables qu'aux États-Unis. L'administration française l'a confirmé pour les plans de retraite américains, qu'ils soient versés en une seule fois ou de façon périodique (réponse ministérielle Le Gleut, JO Sénat du 27 août 2020, n° 13777).

Ces sommes entrent dans le calcul de l'impôt français, mais le crédit d'impôt égal à l'impôt français correspondant (article 24) neutralise l'impôt qui s'y rapporte : elles ne font qu'augmenter le taux applicable à vos autres revenus. Symétriquement, une retraite française versée à un résident des États-Unis n'est imposable qu'en France, y compris lorsque le bénéficiaire est citoyen américain.

Convention fiscale France / États-Unis du 31 août 1994 modifiée, articles 18, 24 et 29 (version consolidée publiée sur impots.gouv.fr) ; réponse ministérielle Le Gleut, JO Sénat du 27 août 2020, p. 3712.

— En bref
Retraites américaines
401(k), IRA, Social Security : imposables seulement aux États-Unis, pris en compte en France pour le taux
Retraites françaises
Régime de base, complémentaires, épargne retraite : imposables seulement en France pour un résident des États-Unis
Assurance-vie
Produits traités comme des intérêts : imposables dans l'État de résidence du bénéficiaire
Point de vigilance
Pour une US person, la convention ne neutralise pas les règles américaines sur les placements étrangers
— Retraites : la règle de l'article 18

Ce que dit la convention, retraite par retraite

  • Le principe (article 18, paragraphe 1). Les sommes payées en application de la législation sur la sécurité sociale d'un État à un résident de l'autre État ou à un citoyen des États-Unis, ainsi que les sommes versées par un régime de retraite au titre d'un emploi antérieur à un résident de l'autre État, en versements périodiques ou en somme globale, ne sont imposables que dans le premier État. Une pension provient d'un État lorsqu'elle est payée par un régime ou plan de retraite constitué dans cet État.
  • 401(k) et IRA perçus en France. L'administration française a répondu que les sommes provenant de plans de retraite américains, versées en une seule fois ou de façon périodique, ne sont imposables qu'aux États-Unis, et que la liste des régimes figurant au paragraphe 2 de l'article 18 est sans incidence sur cette règle (réponse ministérielle Le Gleut, JO Sénat du 27 août 2020, n° 13777). Le retrait en capital d'un 401(k) n'est donc pas taxé en France comme un revenu de capitaux mobiliers.
  • Le Roth IRA et le Roth 401(k). La question posée au Gouvernement en 2020 visait précisément ces plans, dont les retraits remplissant les conditions légales ne sont pas inclus dans le revenu imposable américain (Internal Revenue Code, section 408A). La réponse ministérielle vise sans distinction les sommes provenant de plans de retraite américains. Le Conseil d'État a par ailleurs jugé que le crédit égal à l'impôt français n'est pas subordonné à une imposition effective aux États-Unis (CE, 29 juin 2011, n° 320263, rendu pour des salaires). La lecture que le cabinet en tire, à documenter dossier par dossier : un retrait qualifié d'un Roth, versé à un résident de France, ne devrait pas supporter d'impôt français, mais compte pour le taux.
  • La Social Security. Une pension de la Social Security versée à un résident de France n'est imposable qu'aux États-Unis. Elle n'en est pas moins prise en compte dans le calcul de l'impôt français, avec un crédit d'impôt, et la circonstance que le retraité n'ait pas la nationalité américaine est sans incidence (TA Versailles, 9 mars 2010, n° 07-291).
  • Les retraites françaises perçues aux États-Unis. Pour un résident des États-Unis, les retraites de base et complémentaires obligatoires, les régimes de retraite supplémentaire d'entreprise et les dispositifs d'épargne retraite bénéficiant d'une incitation fiscale ne sont imposables qu'en France. L'article 29, paragraphe 3, a, interdit aux États-Unis d'utiliser leur clause de sauvegarde pour ces pensions : ils ne peuvent pas les imposer, même chez un citoyen américain (réponse ministérielle Lefebvre, JO AN du 4 avril 2017, n° 51383).
  • La prise en compte pour le taux (article 24). Les revenus imposables seulement aux États-Unis sont pris en compte pour le calcul de l'impôt français d'un résident de France, qui a droit à un crédit égal à l'impôt français correspondant. Ce montant se calcule en appliquant aux revenus nets de source américaine le taux moyen de l'impôt dû sur le revenu net global. En pratique, la retraite américaine figure sur la déclaration n° 2047, puis sur la déclaration de revenus à la fois dans les cases des pensions (1AL à 1DL) et en case 8TK.
  • CSG et CRDS. Pour la France, la CSG et la CRDS sont des impôts couverts par la convention, et l'Internal Revenue Service l'a reconnu dans une publication officielle du 19 juillet 2019 (BOI-INT-CVB-USA-10). Le crédit de l'article 24 est égal à l'impôt français correspondant, ce qui, selon la lecture du cabinet, neutralise aussi ces deux contributions sur une pension que l'article 18 attribue exclusivement aux États-Unis. Aucune doctrine écrite ne le dit pour les pensions : le point se documente dossier par dossier. D'éventuelles cotisations sociales de nature non fiscale s'examinent séparément.
— Devant le juge

Quatre décisions sur les pensions américaines et le crédit d'impôt

L'article 18 règle l'État d'imposition ; l'article 24 organise le crédit. Les juges ont précisé le second, et la frontière du premier.

  • Le crédit sans impôt américain payé. Le crédit de l'article 24, égal à l'impôt français, n'est pas subordonné à l'imposition effective des revenus aux États-Unis ; c'est le raisonnement qui soutient la position du cabinet sur le Roth (CE, 29 juin 2011, n° 320263).
  • Le calcul du crédit. Le crédit se calcule sur les revenus nets de source américaine, diminués d'une part proportionnelle des charges déductibles du revenu global ; la méthode simplifiée de l'administration, fondée sur les revenus bruts, donnait un crédit légèrement supérieur et n'est pas celle du texte, de sorte que les impositions sont rétablies (CE, 26 juillet 2011, n° 308968).
  • Une pension de l'ONU n'est pas une pension américaine. La pension versée par la caisse commune des pensions du personnel des Nations Unies à une résidente de France n'est pas de source américaine du seul fait que le siège de l'organisation est aux États-Unis ; l'article 18 ne la protège pas et elle reste imposable en France (CAA Marseille, 16 juin 2020, n° 19MA01434).
  • Le plan 401(a) assimilé à un régime français, pour les cotisations seulement. L'assimilation des plans qualifiés américains à un régime français joue pour la déductibilité des cotisations ; elle ne dispense pas un fonds de pension américain de prouver la gestion désintéressée qu'exige l'exonération de retenue à la source sur dividendes français (CAA Versailles, 28 janvier 2020, n° 18VE03035).
— Continuer à cotiser de l'autre côté

Déduire ses cotisations à un plan de l'autre État : possible, sous trois conditions

L'article 18, paragraphe 2, permet à une personne qui exerce une activité salariée ou indépendante dans un État dont elle n'a pas la nationalité de déduire de son revenu imposable les cotisations versées à un régime de retraite de l'autre État, comme s'il s'agissait d'un régime local, dans les limites financières de la législation locale. Pour un salarié, les produits accumulés dans le plan et les versements de l'employeur sont aussi exclus de son revenu imposable. Trois conditions : la personne était affiliée à ce régime avant son arrivée, l'autorité compétente admet que le régime correspond de façon générale à un régime local, et la personne n'a pas la nationalité de l'État où elle réside.

La convention facilite cette reconnaissance. Côté français, les plans visés par la section 401(a), les plans individuels de retraite (IRA), y compris les plans SEP et SIMPLE, et les plans 403(a) et 403(b) sont considérés de façon générale comme correspondant à un régime de retraite français. Côté américain, les régimes de retraite français et ceux organisés par la législation française sur la sécurité sociale sont considérés comme correspondant à un régime américain.

Deux limites sont souvent ignorées. Un binational franco-américain résident de France ne peut pas invoquer ce paragraphe en France, puisqu'il a la nationalité française. Et un Français installé aux États-Unis avec une carte verte en perd en principe le bénéfice côté américain : l'article 29, paragraphe 3, b, ne préserve cet avantage que pour les résidents qui ne sont pas citoyens américains et qui n'ont pas, aux États-Unis, le statut d'immigrant.

— Assurance-vie et PEA

Assurance-vie, PEA et fonds français : qui impose quoi

  • Assurance-vie d'un Français parti aux États-Unis. Pour l'administration, les produits des contrats d'assurance-vie relèvent de l'article 11 sur les intérêts : ils ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire, donc aux États-Unis pour un résident américain (réponses ministérielles Lefebvre, JO AN du 30 juin 2015, n° 76274, et du 4 avril 2017, n° 99515). La France ne peut donc plus imposer les produits compris dans vos rachats, ce qu'il faut en pratique faire valoir auprès de l'assureur. Les modalités d'imposition aux États-Unis relèvent du seul droit américain, et les impôts des États fédérés ne sont pas couverts par la convention.
  • Assurance-vie d'une US person résidente de France. La France impose le contrat selon son régime habituel. Aux États-Unis, un contrat qui ne répond pas à la définition américaine de l'assurance-vie voit chaque année le revenu sur le contrat, déterminé selon une formule légale, traité comme un revenu ordinaire de l'année, même sans rachat (Internal Revenue Code, section 7702(g)). Les deux impositions ne tombent alors pas la même année, ce qui complique l'imputation des crédits.
  • Fonds français et PFIC. Pour une US person, une société étrangère dont au moins 75 % du revenu brut est passif, ou dont au moins 50 % des actifs produisent un revenu passif, est une passive foreign investment company (Internal Revenue Code, section 1297), soumise à un régime américain lourd. Une SICAV ou un autre fonds français, selon sa qualification au regard du droit américain, peut relever de ce régime. Le traitement précis relève de votre conseil américain ; l'enjeu, pour le cabinet, est de ne pas construire en France une épargne inadaptée.
  • PEA d'une US person. Après cinq ans, les produits et plus-values d'un PEA sont exonérés d'impôt sur le revenu en France, les prélèvements sociaux restant dus. Les États-Unis ne reconnaissent pas l'exonération propre au PEA : revenus et gains s'y analysent selon les règles applicables aux actifs détenus dans le plan, sans impôt français sur le revenu à imputer, et les fonds logés dans le PEA peuvent relever du régime des PFIC. Des actions détenues en direct posent moins de difficultés.
  • Rentes viagères. Pour un citoyen américain résident de France, les rentes viagères provenant des États-Unis ouvrent droit au crédit égal à l'impôt français (article 24, paragraphe 1, b, v), sous réserve de prouver qu'il a satisfait à ses obligations fiscales fédérales.
— Ce qu'il faut comprendre

Pour la retraite, la convention désigne un seul État

Réécrit par l'avenant du 8 décembre 2004 (applicable depuis le 1er janvier 2007) puis complété par celui du 13 janvier 2009, l'article 18 de la convention retient une règle simple : une retraite est imposée par l'État d'où elle provient, et par lui seul. Un 401(k) ou une IRA retirés en France relèvent de l'impôt américain ; une retraite de la CNAV ou de l'Agirc-Arrco perçue en Floride relève de l'impôt français.

L'épargne obéit à d'autres articles. Les produits d'une assurance-vie suivent le régime des intérêts et reviennent à l'État de résidence. Pour une US person, enfin, la convention répartit l'impôt sans effacer le droit américain : un contrat d'assurance-vie ou un PEA français peuvent recevoir aux États-Unis un traitement très différent de celui que leur réserve la France.

— Qui est concerné

Six situations que nous rencontrons

Français rentrés des États-Unis

Un 401(k), une IRA ou des droits à la Social Security constitués pendant l'expatriation, à retirer depuis la France.

Américains retraités en France

Social Security, plans de retraite et comptes de placement américains, perçus par un résident fiscal français.

Binationaux franco-américains

Imposés en France comme résidents et aux États-Unis comme citoyens : chaque revenu doit être articulé entre les deux déclarations.

Français partis aux États-Unis

Retraite française, épargne retraite, assurance-vie et PEA laissés en France après le départ.

Salariés en mobilité

Cotisations à un plan de l'autre État pendant une affectation : déductibles sous conditions.

Épargnants US persons

Assurance-vie, PEA et fonds français détenus par un citoyen américain, avec des conséquences américaines souvent ignorées.

— Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande sur la retraite et l'épargne entre la France et les États-Unis

Je vis en France et je retire mon 401(k) en capital : vais-je payer l'impôt en France ?

Non, en principe. L'article 18 de la convention réserve l'imposition aux États-Unis, y compris pour un versement en somme globale, et l'administration française l'a confirmé en 2020. Le retrait est en revanche pris en compte pour calculer le taux de l'impôt français sur vos autres revenus, avec un crédit égal à l'impôt français correspondant. Côté américain, l'impôt, la retenue et une éventuelle majoration de 10 % en cas de retrait avant 59 ans et demi, sauf exceptions, relèvent de votre conseil aux États-Unis.

Mon Roth IRA est exonéré aux États-Unis : la France peut-elle l'imposer ?

La réponse ministérielle de 2020 vise sans distinction les sommes provenant de plans de retraite américains, et le crédit égal à l'impôt français ne suppose pas que les États-Unis aient effectivement perçu un impôt. Un retrait qualifié d'un Roth ne devrait donc pas être imposé en France, mais il compte pour le taux. Le cabinet documente la nature du plan et du retrait avant de retenir cette position.

Je touche la Social Security et je réside en France : dois-je la déclarer ?

Oui. Elle n'est imposable qu'aux États-Unis, mais elle se déclare en France pour être prise en compte dans le calcul du taux, avec un crédit égal à l'impôt français correspondant. Ne pas la déclarer, c'est fausser le taux appliqué à vos autres revenus.

Je suis binational et je vis aux États-Unis : ma retraite de la CNAV et de l'Agirc-Arrco est-elle imposée là-bas ?

Non. Ces retraites ne sont imposables qu'en France, et l'article 29, paragraphe 3, a, empêche les États-Unis d'invoquer leur clause de sauvegarde, même à l'égard d'un citoyen américain. Il en va de même, selon l'administration, des retraites supplémentaires d'entreprise et des dispositifs d'épargne retraite bénéficiant d'une incitation fiscale.

Je pars m'installer aux États-Unis : que devient mon assurance-vie française ?

Une fois résident des États-Unis, les produits de votre contrat ne sont imposables qu'aux États-Unis selon l'administration française, qui les traite comme des intérêts. Encore faut-il justifier votre résidence auprès de l'assureur. Aux États-Unis, le traitement du contrat dépend du droit américain, et la question doit être examinée avec votre conseil sur place avant le départ.

Je suis américain et je vis en France : puis-je ouvrir un PEA ou souscrire une assurance-vie ?

Le droit français ne l'interdit pas, mais l'intérêt fiscal est souvent annulé côté américain : ni le PEA ni, en général, l'assurance-vie française ne bénéficient aux États-Unis du traitement qu'ils ont en France, et certains fonds qu'ils contiennent peuvent relever du régime des PFIC. Le cabinet construit avec vous et votre CPA une allocation qui tienne compte des deux systèmes.

Préparez-vous les déclarations américaines ?

Non. Le cabinet traite le volet français et l'application de la convention, et travaille avec le CPA ou l'attorney du client pour que les deux déclarations soient cohérentes.

Cité par

Une retraite ou une épargne entre la France et les États-Unis à sécuriser ?

Premier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français et l'application de la convention, en lien avec votre conseil américain.