Parents au Luxembourg, enfants en France
Le cas le plus coûteux : exonération luxembourgeoise en ligne directe, taxation française pleine pour l'enfant domicilié en France.
La France et le Luxembourg n'ont jamais signé de convention en matière de successions et de donations. Chaque État applique ses propres règles de territorialité, et seul le crédit d'impôt de l'article 784 A du CGI limite, en partie, le risque de payer deux fois. Les exonérations luxembourgeoises en ligne directe ne protègent pas un héritier domicilié en France.
Sans convention successorale, chaque État applique son droit interne. La France taxe tout le patrimoine mondial lorsque le défunt était domicilié en France, les seuls biens français lorsqu'il était domicilié à l'étranger, et tous les biens reçus par un héritier domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années (article 750 ter du CGI). Le Luxembourg taxe la succession d'un habitant du Grand-Duché sur ses biens, en principe hors immeubles situés à l'étranger, et celle d'un non-habitant sur ses seuls immeubles luxembourgeois.
Lorsque les deux États taxent, la France impute, dans les seuls cas du 1° et du 3° de l'article 750 ter, l'impôt luxembourgeois acquitté sur les biens situés hors de France (article 784 A du CGI). Le crédit ne couvre pas l'impôt étranger payé sur des biens situés en France, et il ne sert à rien lorsque le Luxembourg ne perçoit rien, ce qui est le cas de la part légale recueillie par un enfant.
CGI, articles 750 ter et 784 A ; convention fiscale France / Luxembourg du 20 mars 2018, article 2 ; loi luxembourgeoise du 27 décembre 1817 sur le droit de succession.
Cas 1, parent habitant du Luxembourg, enfant à Paris. Une mère veuve, domiciliée à Luxembourg, laisse sans testament 1 000 000 euros d'avoirs bancaires à son fils unique, domicilié à Paris depuis quinze ans. Au Luxembourg, cette part légale en ligne directe est exonérée. En France, le fils est taxé en application du 3° de l'article 750 ter : après l'abattement de 100 000 euros, les droits atteignent 212 962 euros, sans aucun impôt luxembourgeois à imputer.
Cas 2, parent domicilié en France, appartement à Luxembourg. Un père domicilié à Nancy laisse 2 000 000 euros, dont un appartement à Luxembourg, à sa fille unique. La France taxe l'ensemble : 617 394 euros de droits après abattement. Si le Luxembourg perçoit un droit de mutation par décès sur l'appartement, ce que l'exonération de la part légale en ligne directe peut écarter, il s'impute sur l'impôt français au titre de l'article 784 A ; les comptes et titres du défunt ne sont pas taxés au Luxembourg.
Cas 3, double domicile. Un retraité garde sa maison en Moselle, où vit son épouse, et un appartement à Luxembourg où il passe la moitié de l'année. Si la France le tient pour domicilié en France (article 4 B du CGI) et le Luxembourg pour habitant (domicile ou siège de la fortune), chacun taxe ses biens mobiliers ; la qualification dépend des faits, pas du seul décompte des jours. Pour les comptes français, l'impôt luxembourgeois n'est pas imputable en France ; aucune convention ne permet de départager les deux États. Le domicile se fixe donc de son vivant, preuves à l'appui.
Le Luxembourg exonère la part légale recueillie en ligne directe, ainsi que tout ce que recueille le conjoint survivant ou le partenaire dont la déclaration de partenariat est inscrite depuis au moins trois ans. Beaucoup de familles en concluent que le patrimoine d'un parent installé à Luxembourg passera sans droits. C'est oublier le troisième critère de l'article 750 ter du CGI : l'enfant domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années est taxé en France sur tout ce qu'il reçoit, au barème français, sans impôt luxembourgeois à imputer.
L'absence de convention a une autre conséquence : aucune règle ne départage deux États qui considèrent chacun le défunt comme leur résident. Un parent qui partageait sa vie entre Metz et Luxembourg peut voir sa succession taxée en entier dans les deux pays, sans procédure amiable conventionnelle pour en sortir : restent seulement les recours internes de chaque État.
Le cas le plus coûteux : exonération luxembourgeoise en ligne directe, taxation française pleine pour l'enfant domicilié en France.
Comptes, portefeuilles et contrats luxembourgeois sont taxés en France ; le Luxembourg ne taxe que les immeubles d'un non-habitant.
Frontaliers retraités, couples partagés entre Lorraine et Grand-Duché : risque de double taxation intégrale.
La France taxe les immeubles français détenus indirectement, même au décès d'un non-résident.
Non. La convention du 20 mars 2018 ne vise que les impôts sur le revenu et sur la fortune. Les successions et donations relèvent du seul droit interne de chaque État, la double imposition n'étant atténuée que par le crédit de l'article 784 A du CGI.
Oui, si vous êtes domicilié en France depuis au moins six des dix années précédant le décès : vous êtes taxé en France sur tout ce que vous recevez, au barème français, après un abattement de 100 000 euros. L'exonération luxembourgeoise de la part légale en ligne directe ne laisse aucun impôt étranger à imputer.
Pas lorsque le titulaire était domicilié hors du Luxembourg : le droit de mutation par décès d'un non-habitant ne vise que les immeubles luxembourgeois. Le compte entre en revanche dans la succession française si le défunt était domicilié en France ou si l'héritier remplit la condition des six ans sur dix.
Non par principe. Le prélèvement de l'article 990 I ou, pour les primes versées après 70 ans, les droits de l'article 757 B du CGI s'appliquent dès lors que l'assuré ou le bénéficiaire a le rattachement français requis, quel que soit le pays de l'assureur. Le contrat luxembourgeois apporte des garanties de protection et une souplesse de gestion, pas une exonération.
La loi de l'État où le défunt avait sa dernière résidence habituelle, sauf s'il a choisi par testament la loi de sa nationalité (règlement (UE) n° 650/2012). Cette loi civile ne change rien à la fiscalité, qui reste fixée par chaque État.
Ils sont imputables, non déductibles, et seulement s'ils portent sur des biens situés hors de France et que la France taxe dans les cas du 1° (domicile du défunt) ou du 3° (domicile de l'héritier depuis six ans sur dix) de l'article 750 ter (article 784 A du CGI). Les justificatifs du paiement luxembourgeois doivent accompagner la déclaration de succession française.
L'atlas des conventions fiscales : texte, articles et avenants, avec le pays présélectionné.
Voir la page GuideFrontaliers et 34 jours, retraites, holdings et immobilier en société.
Voir la page AnalyseLa circulaire CAA 26/1 et ses effets pour les souscripteurs résidents de France.
Voir la page PôleDonations, démembrement et transmission d'un patrimoine international.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet traite le volet fiscal français et coordonne le notaire luxembourgeois.
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