Le logement
Bail ou acte d'acquisition à l'étranger, factures d'énergie et de télécommunications, assurance habitation ; pour la France, résiliation, mise en location ou preuve que le bien n'est plus à votre disposition.
Vous vivez à l'étranger et l'administration soutient que vous êtes resté résident de France : elle réclame alors l'impôt sur l'ensemble de vos revenus mondiaux, souvent sur plusieurs années, avec intérêts et majorations. Le litige se gagne sur deux terrains, l'article 4 B du CGI puis la convention fiscale, et sur une question décisive : qui doit prouver quoi.
En deux temps. D'abord au regard de l'article 4 B du CGI : il suffit d'un seul critère rempli en France (foyer ou séjour principal, activité professionnelle non accessoire, centre des intérêts économiques) pour être domicilié en France en droit interne, de sorte qu'il faut les écarter tous si l'on ne peut pas invoquer de convention. Ensuite, si vous êtes aussi résident de l'État où vous vivez, au regard de la convention fiscale : sa clause de départage (foyer d'habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité) l'emporte, et l'article 4 B le dit expressément depuis la loi de finances pour 2025.
La charge de la preuve dépend, en principe, de la procédure. Si l'administration vous impose par une rectification contradictoire, c'est à elle d'établir votre domicile en France. Si elle vous taxe d'office faute de déclaration, c'est à vous de prouver votre résidence à l'étranger (article L. 193 du LPF). Depuis la loi de finances pour 2025, le délai de reprise est porté à dix ans lorsqu'une personne se prévaut d'une fausse domiciliation fiscale à l'étranger, pour les revenus qu'elle n'a déclarés nulle part en France.
CGI, art. 4 A et 4 B ; LPF, art. L. 66, L. 67, L. 169, L. 192 et L. 193 ; CE, ass., 28 juin 2002, n° 232276.
L'article 4 A du CGI impose les personnes domiciliées en France sur l'ensemble de leurs revenus et les autres sur leurs seuls revenus de source française. L'article 4 B définit le domicile par quatre critères alternatifs. Contester sa résidence française, c'est donc démontrer qu'aucun d'eux n'est rempli, ou que la convention fiscale vous rattache à l'autre État.
Ces critères sont détaillés, avec la jurisprudence sur chacun, sur notre page domiciliation fiscale ; le quiz de résidence fiscale permet un premier test.
L'ordre d'examen. Le juge vérifie d'abord si l'imposition est fondée en droit interne, puis seulement si la convention y fait obstacle (CE, ass., 28 juin 2002, n° 232276, Schneider Electric). Depuis la loi de finances pour 2025, l'article 4 B le prévoit lui-même : une personne qui remplit un critère français n'est pas domiciliée en France si, par application d'une convention, elle n'est pas regardée comme résidente de France.
Être résident de l'autre État. La convention ne départage que deux résidences. Il faut d'abord être résident de l'État d'accueil au sens de son article 4, c'est-à-dire y être assujetti à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence ou d'un critère analogue. Le Conseil d'État juge que c'est le lien personnel qui compte, non l'étendue de l'imposition : un contribuable imposé dans l'État d'accueil sur une partie seulement de ses revenus peut en être résident, s'il y est imposé à raison de son domicile et non de la seule source de ses revenus (CE, 9 juin 2020, n° 434972, convention franco-chinoise). Certaines conventions comportent des règles propres, qu'il faut lire article par article.
La clause de départage. En cas de double résidence, la plupart des conventions suivent le modèle de l'OCDE : vous êtes résident de l'État où vous disposez d'un foyer d'habitation permanent ; si vous en avez un dans les deux, de celui où se situe le centre de vos intérêts vitaux, c'est-à-dire de vos liens personnels et économiques les plus étroits ; à défaut, de celui de votre séjour habituel, puis de votre nationalité ; en dernier lieu, les deux administrations tranchent d'un commun accord. Un appartement conservé et disponible à Paris suffit à constituer un foyer d'habitation permanent : le débat se reporte alors sur le centre des intérêts vitaux.
Le texte de l'article 4 de chaque convention, ses avenants et ses particularités se lisent dans notre atlas des conventions fiscales.
Les dossiers de résidence se plaident avec des décisions précises. Ces trois arrêts fixent l'ordre du raisonnement, la notion de foyer et la qualité de résident conventionnel.
Pour les critères, voir domiciliation fiscale ; pour la lecture de la clause de départage et de ses avenants, le départage conventionnel et l'atlas des conventions fiscales ; pour l'application d'une convention par le juge et ses limites, notre commentaire de l'arrêt Conversant.
Le juge raisonne sur des faits datés et concordants. Un certificat de résidence étranger est utile mais ne suffit pas : il atteste l'assujettissement dans l'autre État, pas l'absence de foyer en France. Le dossier se construit de préférence avant tout contrôle, année par année.
Bail ou acte d'acquisition à l'étranger, factures d'énergie et de télécommunications, assurance habitation ; pour la France, résiliation, mise en location ou preuve que le bien n'est plus à votre disposition.
Certificats de scolarité des enfants, contrat de travail ou activité du conjoint dans l'État d'accueil, inscription auprès d'un médecin ou d'un système de santé local.
Calendrier des séjours, billets, relevés de cartes bancaires et de téléphone qui localisent les dépenses ; décompte des jours passés dans chaque pays, année par année.
Contrat de travail et bulletins de paie étrangers, procès-verbaux des organes sociaux tenus hors de France, démission ou maintien des mandats français, origine des revenus de l'année, lieu de gestion du patrimoine.
Déclarations et avis d'imposition dans l'État d'accueil, certificat de résidence, déclarations françaises de non-résident (2042-NR), inscription au registre des Français établis hors de France.
Adresse déclarée aux banques, aux assureurs et aux sociétés : une adresse française restée sur un relevé ou un registre est souvent la première pièce de l'administration.
Les faits. Un dirigeant s'installe à Londres en janvier 2023 avec son épouse et leurs deux enfants, scolarisés sur place. Il y est salarié d'une société britannique (350 000 € par an) et y est imposé sur ses revenus mondiaux. Il conserve à Paris un appartement vide et disponible, et la présidence de sa holding française, dont il perçoit 400 000 € de dividendes par an. Il déclare en France comme non-résident ; les dividendes subissent la retenue à la source de 12,8 %, soit 51 200 € par an.
La position de l'administration. En 2026, elle retient pour 2023 et 2024 un domicile en France au titre du centre des intérêts économiques : la majeure partie de ses revenus, les dividendes, est de source française. Elle impose les dividendes comme ceux d'un résident, au prélèvement forfaitaire de 30 % applicable à ces années (12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, dans l'hypothèse ordinaire d'une affiliation à la sécurité sociale française), soit 120 000 € par an, sous déduction de la retenue. Le rappel atteint 68 800 € par an, soit 137 600 €, auxquels elle ajoute la majoration de 40 % pour manquement délibéré (55 040 €), l'intérêt de retard et, le cas échéant, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Notifiée en 2026, la rectification reste pour ces deux années dans le délai de reprise de droit commun de trois ans.
La défense. En droit interne, le critère économique est discutable mais peut être rempli, et la présidence de la holding peut être présentée comme une activité exercée en France. La majoration de 40 % suppose en outre que l'administration prouve une intention d'éluder l'impôt : une déclaration de non-résident déposée de bonne foi n'en est pas une. Le débat se gagne surtout sur la convention franco-britannique : le dirigeant est résident du Royaume-Uni au sens de son article 4 ; il dispose d'un foyer d'habitation permanent dans les deux États, puisque l'appartement parisien reste disponible ; le centre de ses intérêts vitaux est à Londres, où vivent sa famille, où sont scolarisés ses enfants et où il exerce son activité, ce que confirment le décompte de ses jours de présence et la gestion de la holding depuis Londres. Résident britannique au sens de la convention, il n'est pas domicilié en France : la France ne peut imposer ses dividendes de source française que dans la limite de 15 % prévue par l'article 11, et la retenue de 12,8 % est libératoire. Le rappel et la majoration tombent ; l'enjeu, hors intérêts et hors contribution sur les hauts revenus, allait de 137 600 € sans majoration à 192 640 € avec elle.
Ce qui aurait pu faire basculer le dossier. Des enfants restés scolarisés à Paris, un conjoint resté en France ou des séjours parisiens plus longs que les séjours londoniens auraient déplacé le centre des intérêts vitaux, voire le foyer au sens de l'article 4 B. C'est pourquoi le dossier de preuve se constitue dès l'installation. Voir la convention fiscale France / Royaume-Uni.
Me Jonathan Bensaid, avocat aux barreaux de Paris et de Genève, défend les contribuables dont la résidence à l'étranger est contestée : analyse des critères de l'article 4 B et de la convention applicable, réponse à la proposition de rectification, recours hiérarchiques, réclamation et procédure devant le juge de l'impôt, procédure amiable avec l'autre État. Il intervient avec le pôle contentieux du cabinet et en lien avec les conseils locaux de l'État d'accueil. Le cabinet reçoit à Paris, Genève, Marseille, Cannes et Lisbonne.
Non. Le seuil de six mois n'est qu'une règle pratique pour le séjour principal, qui ne joue d'ailleurs qu'à défaut de foyer. Un foyer en France (famille restée sur place), une activité principale en France ou le centre des intérêts économiques en France suffisent, quel que soit le nombre de jours passés à l'étranger. Seule la convention, si elle vous rattache à l'autre État, peut alors l'emporter.
Il établit que l'autre État vous considère comme son résident, ce qui est la première condition pour invoquer la convention. Il ne prouve pas que vous n'avez pas de foyer d'habitation permanent en France ni où se situe le centre de vos intérêts vitaux. Il doit être accompagné de pièces sur le logement, la famille, la présence et l'activité.
Cela dépend de la procédure. Si vous avez déclaré vos revenus et que l'administration les rectifie, la preuve de votre domicile en France lui incombe. Si elle vous taxe d'office faute de déclaration, c'est à vous de prouver votre résidence à l'étranger (LPF art. L. 193). Dans les deux cas, le dossier de pièces que vous produisez décide en pratique de l'issue.
En principe trois ans, jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due. Le délai est porté à dix ans lorsque vous vous êtes prévalu d'une fausse domiciliation fiscale à l'étranger, mais seulement pour les catégories de revenus qui n'ont figuré dans aucune déclaration déposée à temps, ainsi que pour les revenus afférents à des comptes, contrats ou structures étrangers non déclarés (LPF art. L. 169). Des revenus déclarés en France comme non-résident restent soumis au délai de trois ans.
C'est le cas le plus délicat. La famille restée en France fixe en principe le foyer en France, même si vous travaillez à l'étranger. Si vous êtes aussi résident de l'État d'accueil, la convention peut toutefois vous rattacher à celui-ci, selon le lieu de votre foyer d'habitation permanent et de vos intérêts vitaux. L'analyse se fait année par année et pour chaque membre du foyer.
Demander l'ouverture de la procédure amiable prévue par la convention, dans son délai, en parallèle de la réclamation en France. Les deux administrations recherchent alors un accord sur votre résidence. Sans cette démarche, une double imposition peut subsister même si chaque contentieux interne est perdu ou gagné séparément.
Oui. Si votre résidence est fragile, déposer une déclaration de résident ou rectifier une déclaration antérieure avant tout contrôle limite les majorations et évite la taxation d'office. Le choix se fait après une analyse complète des critères et de la convention, car une régularisation vaut aussi reconnaissance des faits.
Les critères de l'article 4 B et le départage conventionnel, avec la jurisprudence.
Voir la page OutilL'atlas des conventions fiscales : texte, articles et avenants, pays par pays.
Voir la page ContrôleLe déroulement de l'ESFP, les garanties du contribuable et la sortie du contrôle.
Voir la page MajorationsLa majoration de 40 % accompagne souvent la requalification de la résidence : l'intention se prouve, la majoration se motive.
Voir la page PôleRéponse à la proposition de rectification, recours et procédure devant le juge.
Voir la page Exit taxQuand et comment déclarer l'exit tax en cas de départ réel.
Voir la page OutilLes critères de l'article 4 B appliqués à votre situation.
Voir la pagePremier échange confidentiel : lecture de la proposition de rectification ou de la demande de l'administration, critères en jeu, convention applicable, pièces à réunir et calendrier de réponse.
Sources
Cette note présente l'état du droit à sa date de publication et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation appelle un examen particulier.
© BENSAID Avocats. Les informations publiées sur ce site ne constituent pas un conseil juridique. Mise à jour éditoriale : 6 octobre 2026.
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