Résident suisse propriétaire en France
Appartement, maison ou parts de SCI : la France les taxe au décès, quel que soit le domicile des héritiers.
Depuis 2015, aucune convention ne répartit plus entre la France et la Suisse le droit de taxer une succession. La France applique son droit interne sans limite, chaque canton applique sa loi, et la loi civile se détermine des deux côtés par des règles distinctes.
La convention franco-suisse du 31 décembre 1953, dénoncée par la France, ne s'applique plus aux décès survenus depuis le 1er janvier 2015. La France taxe donc selon l'article 750 ter du CGI : tout le patrimoine si le défunt était domicilié en France ; seulement les biens français s'il était domicilié en Suisse ; mais tout ce que reçoit un héritier domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années.
En Suisse, l'impôt est cantonal. Genève exonère le conjoint et les descendants, sauf défunt imposé d'après la dépense ; Vaud exonère le conjoint et applique aux descendants une déduction et un barème modéré. Seul le crédit de l'article 784 A du CGI corrige la double imposition.
CGI, art. 750 ter et 784 A ; BOI-INT-CVB-CHE-20 ; Genève, LDS (D 3 25), art. 6A ; Vaud, LMSD (BLV 648.11), art. 20 et 31.
Genève. La succession d'un défunt domicilié à Genève est taxée sur tous les biens, à l'exception des immeubles situés hors du canton (LDS, D 3 25, art. 3 et 4) : un appartement à Paris n'y entre pas. Le conjoint, le partenaire enregistré et les parents en ligne directe sont exemptés (art. 1A et 6A, al. 1), sauf si, selon l'une des trois dernières taxations définitives, le défunt était imposé d'après la dépense (art. 6A, al. 2) : ils paient alors de 2 % à 6 % (art. 17). Entre non-parents, le taux va de 20 % à 26 %, plus les centimes additionnels (art. 21 et 22). Les donations suivent la même règle (LDE, D 3 30, art. 27A).
Vaud. L'impôt frappe les immeubles vaudois quel que soit le lieu d'ouverture, et les meubles d'une succession ouverte dans le canton (LMSD, BLV 648.11, art. 11). Le conjoint et le partenaire enregistré sont exemptés (art. 20). Pour les descendants, chaque souche déduit 1 000 000 de francs si sa part n'atteint pas 1 001 000 francs, déduction réduite d'un centième par tranche de 1 000 francs au-delà (art. 31) ; le barème cantonal en ligne directe plafonne ensuite à 3,5 %, contre 25 % entre non-parents (art. 34 et annexe). Les donations à un enfant jusqu'à 300 000 francs par année civile ne sont pas imposées (art. 16). Certaines communes ajoutent un impôt communal sur les successions.
Exemple fictif. Un parent veuf, domicilié à Genève depuis douze ans au barème ordinaire, laisse un appartement à Paris de 1 000 000 € et un portefeuille de titres étrangers déposé à Genève de 2 000 000 €, à ses deux enfants par moitié, sans donation antérieure ni passif. L'aîné vit à Genève, la cadette à Lyon depuis huit ans.
À Genève : rien, les descendants sont exonérés et l'appartement est hors assiette. En France, pour l'aîné : sa moitié de l'appartement seulement, 500 000 € moins 100 000 €, soit environ 78 194 € de droits. Pour la cadette : tout ce qu'elle reçoit, 1 500 000 € moins 100 000 €, soit environ 412 678 €, sans impôt suisse à imputer.
Un écart d'environ 334 000 € tient au seul domicile de l'héritière. Une donation consentie avant son installation en France se calcule avant le décès, pas après.
Depuis 2015, la France applique les trois critères de l'article 750 ter du CGI sans aucune limite conventionnelle (BOI-INT-CVB-CHE-20, n° 40). Une même succession genevoise peut ainsi être exonérée pour l'enfant resté à Genève et lourdement taxée en France pour l'enfant installé à Lyon.
Le droit civil suit une autre logique : la Suisse applique sa loi sur le droit international privé (LDIP), la France le règlement (UE) n° 650/2012. Les deux retiennent en principe la loi du dernier domicile et admettent le choix de la loi nationale par testament. Ce choix, fait à temps, évite la plupart des conflits.
Appartement, maison ou parts de SCI : la France les taxe au décès, quel que soit le domicile des héritiers.
Domiciliés en France depuis six des dix dernières années, ils y sont taxés sur tout ce qu'ils reçoivent, comptes suisses compris.
Il peut choisir la loi française ; il reste exposé à l'impôt français par ses biens et ses héritiers en France.
À Genève, l'imposition d'après la dépense fait perdre aux proches l'exonération des droits de succession.
Non pour les décès survenus depuis le 1er janvier 2015. La convention du 9 septembre 1966, qui porte sur le revenu et la fortune, ne répartit pas le droit de taxer les successions : voir notre page convention fiscale France / Suisse.
L'impôt cantonal payé sur les biens situés hors de France s'impute sur l'impôt français afférent à ces biens (article 784 A). En ligne directe, Genève n'impose en principe rien : l'impôt français reste alors dû en entier.
Oui, par testament (LDIP, art. 91 ; règlement n° 650/2012, art. 22). Devant une autorité suisse, un binational franco-suisse reste tenu par la quotité disponible suisse ; devant une autorité française, le choix s'apprécie selon le règlement. Ce choix ne change rien à la fiscalité.
Oui : le conjoint et les descendants perdent l'exemption genevoise (LDS, art. 6A, al. 2 ; LDE, art. 27A). Le régime est présenté sur notre page forfait fiscal suisse.
L'exit tax de l'article 167 bis du CGI vise certaines plus-values latentes au départ, non les successions : voir notre page exit tax et départ en Suisse.
L'atlas des conventions fiscales, avec le pays présélectionné.
Voir la page SuccessionLes conventions successorales de la France, pays par pays.
Voir la page GuideRésidence, revenus, retraites : la convention de 1966.
Voir la page JurisprudenceL'arrêt du 28 mai 2026 et le régime des trusts.
Voir la page GuideL'imposition d'après la dépense et ses effets.
Voir la page GuidePlus-values latentes et sursis au départ.
Voir la page GuideSalaires, télétravail et accords frontaliers.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet, à Paris et à Genève, analyse le volet fiscal français, la loi applicable et l'articulation avec l'impôt cantonal, avec le notaire de la famille.
© BENSAID Avocats, Les informations figurant sur ce site ne constituent pas un avis juridique. Sources : CGI ; code civil ; BOFiP (BOI-INT-CVB-CHE-20 et -30) ; LDIP (RS 291) ; code civil suisse (RS 210) ; Genève, LDS et LDE ; Vaud, LMSD. Exemple chiffré fictif.
Aucun créneau ne vous convient ? Décrivez-nous votre situation, le cabinet vous rappelle.