Dirigeants expatriés
Président ou directeur général d'une société française installé à Singapour : salaire, jours travaillés en France, jetons de présence.
La convention de 2015 règle l'essentiel des questions d'un Français installé à Singapour : où sont imposés son salaire, ses jetons de présence, ses dividendes français et la vente de ses titres. Elle ne couvre ni l'impôt sur la fortune immobilière ni les successions : sur ces deux terrains, seul le droit français s'applique.
Signée le 15 janvier 2015 et entrée en vigueur le 1er juin 2016, la convention s'applique en France aux revenus de 2017 et des années suivantes ; la convention multilatérale de l'OCDE la complète. Elle désigne l'État de résidence (article 4), puis répartit les revenus : le salaire est imposé là où le travail est accompli, les dividendes de sociétés françaises supportent en France une retenue plafonnée à 15 % (5 % pour une société qui détient au moins 10 % du capital), les immeubles et les sociétés à prépondérance immobilière restent imposables en France, et les autres plus-values sur titres ne sont imposables qu'à Singapour.
Pour un résident de France, les revenus imposables à Singapour sont pris en compte en France avec un crédit d'impôt (article 23) : égal à l'impôt français pour les salaires, égal à l'impôt singapourien, dans la limite de l'impôt français, pour les dividendes, les jetons de présence et les plus-values immobilières. La convention ne vise que les impôts sur le revenu : l'impôt sur la fortune immobilière et les droits de succession relèvent du seul droit français.
Convention fiscale France / Singapour du 15 janvier 2015, articles 2, 4, 10, 13 et 23, et version consolidée avec la convention multilatérale publiée sur impots.gouv.fr ; BOI-INT-CVB-SGP.
La résidence d'abord (article 4). La convention ne protège que la personne qui est résidente de Singapour à son sens et que la France ne retient plus comme domiciliée au sens de l'article 4 B du CGI, ou que la règle de départage attribue à Singapour : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel ; à défaut, les deux administrations tranchent d'un commun accord, la convention ne retenant pas la nationalité. Un conjoint et des enfants restés en France, ou une activité professionnelle principale exercée en France, suffisent souvent à maintenir le domicile fiscal français. Les dirigeants d'entreprises dont le siège est en France et dont le chiffre d'affaires dépasse 250 millions d'euros sont présumés y exercer leur activité principale (article 4 B, 1, b).
Le salaire (article 14). Il est imposable dans l'État où le travail est physiquement accompli. Le dirigeant résident de Singapour rémunéré par une société française n'est donc imposable en France que sur la fraction correspondant à ses jours de travail en France ; l'exception des 183 jours ne joue pas, puisque l'employeur est résident de France. Cette fraction supporte la retenue à la source de l'article 182 A du CGI (12 % puis 20 %, selon les seuils annuels de 17 275 et 50 112 euros en vigueur en 2026), libératoire pour la fraction du salaire qui n'excède pas la limite d'application du taux minimum de 20 % (article 197 B), et imputée au-delà sur l'impôt calculé selon l'article 197 A, qui fixe pour les non-résidents un taux minimum de 20 %, puis 30 %, sauf preuve d'un taux moyen mondial plus faible.
Le mandat social et les jetons de présence (article 15). La rémunération d'un président de SAS ou d'un directeur général pour ses fonctions de direction suit en principe l'article 14, comme un salaire ; la qualification se vérifie au cas par cas (mandat seul, contrat de travail distinct, siège au conseil). Les rétributions perçues en qualité de membre du conseil d'administration ou de surveillance d'une société française relèvent en revanche de l'article 15 : elles sont imposables en France, quel que soit le lieu où le mandat s'exerce. Le droit interne les soumet à la retenue à la source de 12,8 % pour une personne physique (articles 117 bis, 119 bis et 187 du CGI), à l'exception de la part qui rémunère un emploi salarié effectif.
Le risque de l'établissement stable. Une personne qui conclut habituellement des contrats au nom d'une entreprise de l'autre État peut y créer un établissement stable (article 5, paragraphe 5), et une société dont le siège de direction effective est en France y est résidente en cas de double résidence (article 4, paragraphe 3). Nous traitons ces risques sur notre page établissement stable.
La France et Singapour n'ont signé aucune convention en matière de successions ou de donations ; la convention de 2015 ne vise que les impôts sur le revenu. Singapour a par ailleurs supprimé ses droits de succession en 2008 : il n'existe donc, en règle générale, aucun impôt singapourien à imputer, et la France applique pleinement l'article 750 ter du CGI.
Défunt domicilié en France (1°) : tous les biens, situés en France ou à l'étranger. Défunt domicilié à Singapour (2°) : les seuls biens français, notion large qui comprend les immeubles détenus directement ou par des sociétés contrôlées à plus de 50 % par le défunt et sa famille, les titres de sociétés françaises, les actions de sociétés étrangères non cotées à prépondérance immobilière française et les créances sur des débiteurs établis en France. Héritier domicilié en France (3°) depuis au moins six des dix années précédentes : tout ce qu'il reçoit, quel que soit le domicile du défunt.
Les droits se calculent au barème de l'article 777 du CGI (de 5 % à 45 % en ligne directe, la dernière tranche au-delà de 1 805 677 euros), après un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant (article 779), les donations des quinze dernières années étant rapportées (article 784). Un impôt étranger éventuel ne s'impute que dans les cas du 1° et du 3°, et seulement sur les biens situés hors de France (article 784 A).
Assurance-vie. Pour les primes versées avant 70 ans, le prélèvement de l'article 990 I s'applique si l'assuré est domicilié en France au décès, ou si le bénéficiaire l'est au décès et l'a été au moins six des dix années précédentes : abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 euros de part taxable et 31,25 % au-delà. Les primes versées après 70 ans relèvent des droits de succession, après un abattement global de 30 500 euros, les produits capitalisés n'étant pas taxés à ce titre (article 757 B). Voir notre page assurance-vie et transmission internationale.
Loi civile. Un juge français applique le règlement européen sur les successions (loi de la dernière résidence habituelle, sauf choix de la loi nationale par testament) ; Singapour applique ses propres règles de conflit de lois. Des dispositions testamentaires cohérentes dans les deux pays évitent les blocages au règlement de la succession. Nous organisons ces transmissions dans le cadre de notre planification successorale.
Une convention se lit avec les décisions qui l'ont appliquée. Les deux premières portent sur la résidence d'un Français installé à Singapour ; elles appliquent la convention du 9 septembre 1974, dont l'article 4, paragraphe 2, est repris en substance par l'article 4, paragraphe 2, de la convention de 2015.
Cas 1, dirigeant installé à Singapour. Le président d'une SAS française, installé avec sa famille à Singapour, perçoit 180 000 euros pour 220 jours de travail, dont 22 jours passés en France. La France impose 180 000 × 22 / 220 = 18 000 euros, avec retenue à la source puis imposition selon l'article 197 A ; les 162 000 euros restants ne relèvent que de Singapour. Ses 20 000 euros de rémunération d'administrateur d'une société anonyme française supportent en France une retenue de 12,8 %, soit 2 560 euros.
Cas 2, dividendes d'une société française. Un résident de Singapour perçoit 100 000 euros de dividendes. La retenue de droit interne de 12,8 %, soit 12 800 euros, est inférieure au plafond conventionnel de 15 % : elle s'applique telle quelle. Si les titres sont détenus par une société singapourienne qui possède au moins 10 % du capital, le taux interne de 25 % est ramené à 5 %, soit 5 000 euros au lieu de 25 000 euros, à condition que la société soit le bénéficiaire effectif, que l'avantage ne soit pas l'un des objets principaux du montage (article 28) et, le cas échéant, que les dividendes soient effectivement perçus à Singapour (article 22).
Cas 3, vente d'un appartement à Paris. Un résident de Singapour vend un appartement acheté quatre ans plus tôt et réalise une plus-value de 300 000 euros. Aucun abattement pour durée de détention ne joue avant la sixième année : la France perçoit 19 %, soit 57 000 euros, 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 51 600 euros, et la taxe sur les plus-values élevées au taux de 6 %, soit 18 000 euros. Total : 126 600 euros.
Cas 4, succession d'une mère installée à Singapour. Une mère domiciliée à Singapour depuis dix ans laisse 2 000 000 euros de placements à son fils unique, domicilié à Paris depuis quinze ans. Le fils est taxé en France sur la totalité au titre du 3° de l'article 750 ter : après l'abattement de 100 000 euros, les droits atteignent 617 394 euros, sans impôt singapourien à imputer. Si le fils avait été domicilié en France moins de six des dix dernières années, seuls les biens français auraient été taxables en France.
Singapour n'impose en principe ni les plus-values en capital ni les successions, et n'impose pas, en règle générale, les revenus de source étrangère reçus par ses résidents personnes physiques. La convention de 2015 tient compte de ce système : elle accorde à Singapour le droit exclusif d'imposer les plus-values sur titres de ses résidents, mais elle laisse à la France les immeubles, les sociétés à prépondérance immobilière, les jetons de présence versés par une société française et une retenue sur les dividendes. Elle prévoit aussi qu'un avantage accordé par la France peut être limité aux revenus effectivement transférés ou perçus à Singapour (article 22).
Elle laisse hors de son champ deux sujets décisifs pour un patrimoine resté en France : l'impôt sur la fortune immobilière, dû sur les immeubles français au-delà de 1,3 million d'euros d'actifs immobiliers nets, et les droits de succession, qu'aucune convention entre la France et Singapour ne vient limiter. Un départ à Singapour se prépare donc sur trois plans : la résidence, les revenus et la transmission.
Président ou directeur général d'une société française installé à Singapour : salaire, jours travaillés en France, jetons de présence.
Vente de titres d'une société française après le départ : droit exclusif de Singapour, sauf prépondérance immobilière, et exit tax constatée au départ.
Dividendes : retenue de 12,8 % pour une personne physique, plafonds de 15 % ou 5 % pour une société.
Loyers, plus-value de cession et IFI restent français, avec des règles propres aux non-résidents.
Parent installé à Singapour, enfants restés en France : la succession est taxée en France sans convention ni impôt local à imputer.
Date du retour, régime des impatriés, IFI limité aux biens français pendant cinq ans.
Oui, sur les revenus de source française que la convention laisse à la France : loyers et plus-values d'immeubles français, salaire correspondant aux jours travaillés en France, jetons de présence d'une société française, retenue sur les dividendes. Il dépose alors une déclaration de non-résident. Il reste aussi redevable de l'IFI sur ses immeubles français lorsque leur valeur nette dépasse 1,3 million d'euros.
12,8 % pour une personne physique, taux interne inférieur au plafond conventionnel de 15 %. Pour une société singapourienne, le taux interne de 25 % est ramené à 15 %, ou à 5 % si elle détient directement ou indirectement au moins 10 % du capital, sous réserve des articles 22 et 28 de la convention. La réduction s'obtient à la source, sur formulaire, ou par réclamation : voir notre page retenue à la source sur les dividendes.
En principe à Singapour seulement, qui n'impose généralement pas les plus-values de cession de titres, sauf si le gain y est requalifié en revenu d'activité : la convention ne réserve rien à la France, sauf si la société tire plus de 50 % de sa valeur d'immeubles français. Mais si vous étiez domicilié en France six des dix années précédant le départ et que vos titres dépassaient 800 000 euros ou 50 % des bénéfices d'une société, l'exit tax a été constatée à votre départ et suit ses propres règles.
Oui, si ses biens et droits immobiliers situés en France, détenus directement ou par l'intermédiaire de sociétés, dépassent 1,3 million d'euros en valeur nette au 1er janvier. La convention ne vise pas l'impôt sur la fortune : seul le droit interne s'applique. Ses placements financiers et ses biens situés hors de France ne sont pas taxables.
Oui, si vous êtes domicilié en France depuis au moins six des dix années précédant le décès : vous êtes taxé en France sur tout ce que vous recevez, au barème français, après un abattement de 100 000 euros. Aucune convention ne limite cette imposition et Singapour ne perçoit plus de droits de succession depuis 2008 : il n'y a pas d'impôt étranger à imputer.
Une pension privée versée au titre d'une activité passée n'est imposable qu'à Singapour si vous y résidez (article 17) ; la caisse française cesse la retenue à la source sur justification de votre résidence fiscale. Une pension de fonctionnaire reste imposable en France, sauf si vous avez la seule nationalité singapourienne. Si Singapour n'impose la pension qu'à proportion des sommes reçues sur son territoire, l'exonération française est limitée à cette fraction (article 22).
Vous redevenez imposable en France sur vos revenus mondiaux à compter de la date du retour. Si vous n'avez pas été domicilié en France au cours des cinq années civiles précédentes, l'IFI ne porte que sur vos biens immobiliers français jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant votre retour, et le régime des impatriés de l'article 155 B du CGI peut, sous conditions, s'appliquer à une prise de fonctions en France.
L'atlas des conventions fiscales : texte, articles et version consolidée, avec le pays présélectionné.
Voir la page GuideL'article 167 bis du CGI au départ de France : seuils, sursis et dégrèvement.
Voir la page AnalyseL'immobilier français détenu par des sociétés étrangères reste dans l'assiette.
Voir la page GuideTaux, formulaires et restitution pour les non-résidents.
Voir la page GuideL'accord de 2010, qui couvre aussi la fortune et réserve à la France les participations de 25 %.
Voir la page PôleObligations françaises des contribuables établis hors de France.
Voir la pagePremier échange confidentiel. Le cabinet analyse le volet français, l'application de la convention et la transmission, en lien avec votre conseil à Singapour.
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